21 septembre 2022
55 à la fois
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

L’audace de la Ville de Belœil en matière de préservation du patrimoine a été citée en exemple dans plusieurs médias de la province. D’un seul coup, avec un seul règlement, 55 bâtiments sont ainsi cités « patrimoniaux » et seront protégés de la destruction.

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Tout le monde a lancé les fleurs. Maintenant, c’est le pot qui arrive. C’était prévisible. Je suis même surpris que les autres médias n’aient pas été à la rencontre de propriétaires de ces bâtiments dits justement patrimoniaux. Parce qu’eux, ils sont pas mal moins contents devant cette audace.

Oui, la proposition du conseil de Belœil étonne. On comprend la vision de la mairesse Nadine Viau et de son conseil. Sur le fond, elle a tout à fait raison. Trop longtemps le patrimoine bâti à Belœil a été laissé de côté et certains promoteurs ont profité du laxisme réglementaire pour détruire une maison ou un bâtiment ancien. Il fallait agir.

Déjà en 2020, l’ancienne administration de Belœil constatait le problème et promettait de donner plus de mordant à sa réglementation. La mairesse Diane Lavoie disait ceci à l’époque : « Quand j’ai été élue, on voyait environ un à deux dossiers de démolition par année; maintenant, c’est plutôt un à deux dossiers par mois. Ça commence à être important. »

Maintenant, la question à se poser, ce n’est pas tant la réflexion derrière le geste de la Ville, mais le choix des outils. Si la proposition de la Ville semble paraître si audacieuse, c’est notamment par son unicité. Et « unicité » ne veut pas dire que c’est la bonne chose à faire. Il faut parfois se remettre en question si nous sommes les seuls à nous conduire d’une façon.

Est-ce que 55 bâtiments cités en bloc, à partir d’une liste mise sur pied par la MRC de La Vallée-du-Richelieu, sans distinction, c’est trop d’un coup? Dépend du point de vue. Pierre Gadbois, spécialiste de la recherche sur les maisons anciennes du territoire pour la Société d’histoire et de généalogie de Belœil–Mont-Saint-Hilaire, trouve que ce n’est même pas suffisant. C’est seulement un début. Il irait plus loin et invite la Ville à se doter d’un comité local de patrimoine. Il faut dire que la Société s’est faite très critique du projet de Carré Saint-Jean-Baptiste qui promet la venue de plusieurs unités d’habitation et commerciales, et provoque naturellement son lot de destruction de vieux bâtiments. On peut donc comprendre la volonté du conseil d’agir vite pour protéger « l’âme » d’un quartier comme le Vieux-Belœil.

Même comme tout gros dossier, le diable est dans le détail et si la solution de citer 55 bâtiments peut sembler une bonne approche, dans la réalité, ce sont les propriétaires de ces bâtiments qui paieront littéralement le prix de cette vision : coût de rénovation plus élevé, coût d’assurance exorbitant, valeur de revente incertaine. On aurait dû minimalement rencontrer les propriétaires visés avant de se lancer dans les annonces.

Et si le but est d’empêcher ultimement la destruction de bâtiments, comme nous l’avons justement trop vu, eh bien peut-être qu’on propose seulement le mauvais outil.

On verra bien la réaction de la Ville lundi prochain, en séance ordinaire du conseil municipal. On nous dit que ça risque de brasser.

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