22 octobre 2021
La pénurie de main-d’œuvre freine la compagnie
Acmé Décors doit recruter pour continuer son expansion
Par: Vincent Guilbault
Le président de la compagnie, Sylvain Malo, pose dans l’un des décors conçu par son entreprise Acmé Décors. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Le président de la compagnie, Sylvain Malo, pose dans l’un des décors conçu par son entreprise Acmé Décors. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Le président fondateur de l’entreprise belœilloise Acmé Décors, Sylvain Malo, est bien conscient que la pénurie de main-d’œuvre frappe de plein fouet de nombreuses entreprises du Québec. Mais pour lui, le manque de talent pourrait freiner son extension à l’international, ou même forcer l’abandon de projets au niveau local.

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« Avant la COVID, on manquait de gens. Mais depuis un an, c’est vraiment un problème », dit le fondateur. L’entreprise de fabrication et d’installation de décors qui évolue dans le milieu des musées, de la télévision, du spectacle et du corporatif doit aujourd’hui refuser des contrats. « C’est criant, explique le directeur Luc Mantha. Dans le dernier mois, j’ai refusé entre 700 000 $ et un million de dollars en contrat. Je refuse trois ou quatre contrats par semaine; je n’ai pas le staff. »

Déjà, l’entreprise située sur la rue Louis-Marchand doit se battre contre une barrière à l’embauche, notamment pour des emplois de menuisiers ou de soudeurs. « On sollicite des travailleurs, mais ils ont peur, car nous fabriquons des décors, explique Luc Mantha. Un ébéniste qui fait des portes d’armoire, il pense qu’il n’a pas de compétence pour des décors, mais c’est pourtant lui qu’on veut. Je me rends compte que les gens ont peur de la bibitte qu’on est. »

« Ici, faire toujours la même chose, ça n’existe pas, ajoute M. Malo. Chaque jour est différent. Tu ne feras jamais la même affaire deux fois. »

En plus de sa soixantaine d’employés, l’entreprise fait aussi affaire avec une centaine de sous-traitants et une dizaine de contractuels. « Oui, la sous-traitance est en partie un choix d’entreprise, mais si j’avais tout le staff pour tout faire, j’en aurais moins, dit M. Malo. Donc on a un peu plus de travail à l’externe, mais même à l’externe, les entreprises ont la même réalité que la nôtre. »

Pistes de solutions
Les deux hommes ont engagé Mélanie Phaneuf il y a trois mois. Celle qui occupe maintenant le poste de directrice culture et talent se concentre à temps plein au recrutement et à trouver des solutions au manque de main-d’œuvre. « En 2021, pour une entreprise de notre format, c’est rendu incontournable », pense M. Malo.

Mme Phaneuf approche les écoles et les organismes pour tenter de recruter. « Nous sommes même prêts à embaucher des gens et leur apprendre le métier s’ils ont une petite base. Nous sommes ouverts à embaucher plusieurs profils. Nous sommes à la recherche de cinq à sept travailleurs à temps plein. »

L’entreprise vit le même problème que tout le monde, admet Mme Phaneuf. « Mais l’automatisation n’est pas possible ici, nous n’avons pas de production en série. Nous, on fait des prototypes à chaque fois. Ça prend des artisans. »

L’entreprise ouvrira aussi ses portes au public, ce samedi, de 9 h à midi, pour espérer attirer de nouveaux employés.
Le manque de main-d’œuvre pourrait aussi forcer l’entreprise à abandonner davantage de contrats si elle veut passer à la prochaine étape de son développement. « Pour 2022 et 2023, nous avons des projets dans l’Ouest canadien, aux États-Unis, et avec des centres commerciaux au Québec, en Arabie et en Europe. On va monter une marche », souligne M. Mantha.

« C’est exceptionnel d’avoir autant de job pour les prochaines années, je n’ai jamais vu ça, ajoute M. Malo. Ces gros mandats pourraient nous pousser à laisser tomber des mandats plus locaux avec des entreprises qui nous suivent depuis longtemps et on ne veut pas ça. On est en pleine explosion et on doit avoir du monde. »

Impacts de la COVID-19
Fondé par Sylvain Malo en 1996, à Belœil, Acmé Décors a célébré son 25e anniversaire en pleine pandémie. Le directeur Luc Mantha se dit toutefois fier de souligner que l’entreprise a pu surmonter la crise grâce à de nombreux contrats et en gardant tous ses employés.

La fermeture de l’industrie du spectacle a donné un coup dur à l’entreprise, qui avait notamment des contrats avec de gros joueurs comme le Cirque du Soleil. « Dans les deux premières semaines de la pandémie, en 2020, on a perdu pour environ 2,5 millions en contrats. Plusieurs ententes ont été annulées », explique M. Malo.

Certains engagements auprès des musées, par exemple, ont permis à l’équipe de continuer à travailler. Acmé a aussi réalisé l’ensemble des nouvelles salles de nouvelles de Radio-Canada pour 2022, dans les nouveaux locaux de l’entreprise d’État, avec une entente de sept ans en approvisionnement. « Ce gros projet a permis […] de garder l’ensemble de nos employés dans cette crise », ajoute M. Mantha.

L’entreprise a aussi été sollicitée pour réajuster les décors de nombreux plateaux de télévision pour accommoder la distanciation. M. Mantha cite en exemple les décors des variétés de Tout le monde en parle, Au suivant ou Question de jugement. « Quand l’industrie du spectacle s’est affaissée, nous nous sommes concentrés sur notre clientèle dans les restos, les musées et le corpo », conclut M. Mantha.

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