30 janvier 2019 - 16:18
Ce fil est fermé
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

La traiter de conne est mon premier réflexe. Cette dame, ce visage dans la foule lors de la visite du premier ministre Trudeau à Saint-Hyacinthe. Pour discuter de migration, Justin Trudeau utilise l’image du réfugié syrien Alan Kurdi, ce jeune retrouvé mort sur les berges de la Turquie et dont la photo a ébranlé les consciences. Dans la salle, une partie de l’assistance hue le premier ministre. C’est un montage cette photo-là, crie la femme dans le fond! Oui, la conne.

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Mais c’est facile de la traiter de conne. Puis je me calme et je me dis qu’il y a une faille en éducation. Les effluves du Printemps érable me picotent chaque fois le nez lorsque je pense « éducation » avec un grand É. C’est un peu pour ça que se battaient les étudiants dans les rues. Alors que certains y ont vu un débat utilitariste sur les frais de scolarité et l’accès à un travail de qualité, un « investissement » dans un diplôme, d’autres y ont vu la base même du système d’éducation : nous permettre d’apprendre et de comprendre.
D’apprendre que la photo du jeune Kurdi est non seulement bien réelle, mais que la crise des migrants est le résultat très général de notre fermeture à l’autre.
Maintenant, c’est bien beau de former l’élite avec nos universités, mais tous ne poursuivront pas des études universitaires et c’est souvent aux médias de continuer le travail.
Les médias se doivent de bien expliquer les choses, de mettre en contexte les événements pour permettre aux lecteurs de bien comprendre. Parfois, on passe un peu à côté de la track, comme on dit.
Cela dit, je crois notre information généralement de qualité au Québec. Je pense que les journalistes font un excellent travail. J’ai peut-être un peu plus de problèmes avec une certaine frange populiste chez certains chroniqueurs qui tendent à attiser la haine et le cynisme.
Ces chroniqueurs, mélangés aux commentaires des réseaux sociaux, aux fake news, à notre système d’éducation peut-être pas aussi accessible qu’on le voudrait, ont rendu notre vérité tellement fluide. Le tout saupoudré d’un peu de peur.
Notre vérité souffre tellement qu’il est possible en 2019, à l’ère de l’information, de crier tout haut un mensonge aussi éhonté qu’une crise des migrants est un complot que la salle se lève sans gêne pour applaudir. Hier encore, je lisais des commentaires de lecteurs prétextant que le tueur de la mosquée de Québec, un Québécois tout ce qu’il y a de plus « souche », avait en fait été manipulé pour commettre son crime (j’ai même lu un commentaire parler de techniques d’hypnose à la Messmer!). Tout ça parce que c’est bien plus facile de rejeter la faute sur un complot musulman que sur un homme qui aurait pu être le fils de notre voisin. Ça ne rassure pas beaucoup nos préjugés.
Mais tout n’est pas noir. Parfois, lorsque je lis une nouvelle un peu chaude sur un sujet comme l’identité ou la crise migratoire, je m’aventure tranquillement dans la section des commentaires. Et parfois, elle est absente. La seule chose qu’on voit sous le texte, c’est la mention « Ce fil est fermé ».
Dans ce temps-là, la vérité est un peu moins fluide et ça me fait sourire.

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