12 janvier 2022
Deux courtiers de la région derrière l’émission
Dans les coulisses des Résidences maudites
Par: Denis Bélanger

Mélanie Bergeron et Yanic Parent posant devant une maison de Mont-Saint-Hilaire qui a fait l’objet d’un épisode des Résidences maudites.

Le public québécois a pu s’introduire cet automne dans des maisons où de nombreux drames se sont produits grâce à l’émission Résidences maudites diffusée sur CASA. Les animateurs du projet, les courtiers immobiliers de Saint-Basile-le-Grand Mélanie Bergeron et Yanic Parent, sont satisfaits du résultat final, mais comparent cette expérience à un ultra-marathon en raison des nombreuses heures de recherche et de travail consacrées au projet.

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Les Résidences maudites ont replongé Mme Bergeron et M. Parent dans l’univers de leur ancien métier respectif de journaliste et de policier. Au cours des dix épisodes, le couple a visité entre autres l’ancienne résidence de Contrecœur du criminel notoire Maurice « Mom » Boucher, la maison où Ugo Fredette a assassiné sa conjointe Véronique Barbe en septembre 2017 à Saint-Eustache ainsi que le site où l’avion de l’ancien politicien et chroniqueur Jean Lapierre s’est écrasé sur les Îles-de-la-Madeleine. Les histoires racontées à l’écran sont variées et non pas toujours reliées à un crime ou à la perte de vie d’une personne. Les Résidences maudites présentent aussi le portrait des gens touchés par les inondations à Sainte- Marthe-sur-le-Lac ainsi que celui des résidents expulsés d’un parc de maisons mobiles à Saint-Paul-d’Abbotsford. « Ce sont aussi des histoires tristes qui ébranlent », tient à préciser Mélanie Bergeron.

En plus de raconter l’histoire humaine se cachant derrière chaque lieu visité, l’émission a pour but d’y présenter le volet immobilier qui s’y rattache. Grâce à l’intervention de plusieurs experts, les auditeurs ont pu découvrir quels types d’événements doivent être déclarés obligatoirement à la vente d’une maison. La production présente d’ailleurs le récit d’une dame qui a acheté une maison ayant servi à la production de cannabis.

« La recherche est importante, c’est ce qui fait la différence entre une émission d’immobilier traditionnelle et une qui sort de l’ordinaire. Je suis d’ailleurs fière des intervenants qu’on a eu à l’émission, qui sont assez variés. Nous avons eu notamment l’ancien ministre et policier Guy Ouellet pour parler des motards », renchérit Mélanie Bergeron.

L’idée de l’émission est venue de l’ancienne journaliste Karina Marceau qui s’est mise à travailler sur le projet avec Taïga Média. « Je suis vraiment fier que ce soit une idée originale d’ici et non pas copié sur un concept américain. Nous n’avons pas fait ça tout seuls. Nous étions une équipe de 7-8 personnes travaillant régulièrement sur le projet », ajoute Yanic Parent.

De multiples embûches

Mélanie Bergeron et Yanic Parent avaient d’abord la difficile tâche de convaincre les gens de participer à l’émission. Ils se sont butés à plusieurs refus. « Le nom de l’émission faisait peur aux gens. On appelait les gens et on nous disait non », avance M. Parent. « S’il y a une deuxième saison, ça va être plus facile de convaincre les gens, car ils auront un produit sur lequel se baser. Les gens pensaient que ça avait un lien uniquement avec des maisons hantées », souligne Mme Bergeron.

Pour obtenir la collaboration des gens, le couple a laissé tomber le téléphone et est allé frapper à la porte des gens. « Nous partions d’une situation où les gens étaient sur leurs gardes. Nous arrivions sur place et gagnions leur confiance. Les gens acceptaient d’aller plus loin et voyaient que nous n’étions pas là pour faire du sensationnalisme », rapporte l’ancien inspecteur à la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent.

Ils ont eu peur de revenir bredouilles de Trois-Rivières lorsqu’une participante a soudainement changé d’idée. Il s’agissait de Diane Parent qui a acheté la maison où Alain Piché, un homme atteint de schizophrénie, avait décapité ses parents. Les corps avaient été découverts le 21 mars 2007. « L’équipe de tournage était arrivée avant nous et elle ne voulait plus qu’on filme. Nous sommes allés la rencontrer et elle a compris le but. Ça prend du tact et de la diplomatie, c’est d’ailleurs une partie du travail d’un journaliste et d’un policier », enchaîne Mélanie Bergeron.

Le duo a été ébranlé plus d’une fois durant les tournages en entendant les divers drames humains, particulièrement par le récit des résidents de Saint-Paul-d’Abbotsford qui se sont fait expulser de leur milieu de vie. Mélanie Bergeron a aussi été touchée de pouvoir visiter le site où l’avion de son collègue de TVA, Jean Lapierre, s’est écrasé en 2016. « Je trouvais ça réconfortant d’aller sur place avec l’acheteur en sachant qu’il a planté un arbre pour chacune des victimes. »

Mais de la lumière ressortait parfois à travers les histoires. « J’ai retenu de l’histoire de Mme Parent que ce sont les gens qui amènent les différentes énergies aux bâtiments. Elle a amené de la lumière à un endroit où deux personnes ont été décapitées », confie Yanic Parent.

Belle réception

Mélanie Bergeron et Yanic Parent assurent avoir de nombreux commentaires positifs. Ils ont eu droit également à des retours plus cocasses. Un homme a contacté le couple car il voulait acheter une résidence maudite. « Il y a une autre situation inusitée qui s’est produite alors que nous vendions une maison. Les acheteurs potentiels ont reconnu Mélanie et sont tombés sur le site de l’émission en faisant des recherches. Le courtier de ces personnes nous rappelle en panique et nous dit qu’elles hésitent à aller de l’avant, car elles ont peur que la maison en question soit maudite. »

Les deux courtiers immobiliers n’ont pas encore eu de confirmation si une deuxième saison sera produite ou non. La décision devrait être connue sous peu. Si l’aventure se poursuit, ils aimeraient notamment revenir sur certaines histoires de la première saison pour permettre aux auditeurs de connaître la suite ou le dénouement. Ils voudraient aussi tourner davantage dans les régions. Ils doivent aussi lancer bientôt un balado de dix épisodes présentant du contenu inédit.

Deux maisons d’ici

Deux résidences de Mont-Saint-Hilaire ont été retenues pour Résidences maudites. La première appartient maintenant au chanteur Richard Petit et sa conjointe Marie-Andrée Poulin, ancienne journaliste culturelle à TVA qui est retournée à l’enseignement. Ils ont acheté en connaissance de cause une habitation où un suicide a été commis, une situation qui ne les a pas freinés dans l’achat de la propriété. Le couple a fait toutefois une autre découverte par la suite. La maison a servi de lieu de rassemblement pour la Rose-Croix d’Or, un mouvement religieux. Une pièce contenait justement une tribune avant que M. Petit et Mme Poulin n’apportent des modifications pour y faire une chambre d’enfant.

La seconde résidence est située dans le secteur du chemin de la Montagne. Elle est inhabitée par ses propriétaires depuis plusieurs années. Les problèmes ont commencé à apparaître peu de temps après la crise du verglas en 1998. D’ailleurs, l’armée avait dû faire évacuer les occupants qui refusaient de partir. Yanic Parent et Mélanie Bergeron avaient eu le mandat de vendre la propriété. Des images avaient été tournées à l’hiver. Une scène additionnelle a dû être filmée plusieurs mois plus tard alors que le duo d’animateurs s’était vu retirer le mandat de la vente.

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