16 février 2022
Débat sans fin
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Notre pensée évolue parfois à propos d’un sujet ou d’une question. En fait, c’est probablement un signe de maturité. Je ne parle pas de changer d’idée sur des principes; notre opinion peut s’affûter, se raffiner.

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Par exemple, j’ai toujours essentiellement les mêmes vues sur les questions de l’équité ou de la justice; mais je suis bien plus nuancé.

Pour d’autres questions, j’ai complètement changé d’idée ou de vision. En cherchant un vieil éditorial que j’avais rédigé sur la question du port d’un uniforme à l’école secondaire publique, je suis tombé sur un vieux texte d’il y a environ 10 ans où je me prononçais sur les skateparks. Je trouvais que les propriétaires de maisons qui s’opposaient à la venue d’un skatepark près de chez eux étaient de vieux grognons. Mais à l’époque, je n’avais pas encore 30 ans. Aujourd’hui, je me relis, et je grince des dents. J’ai maintenant presque 40 ans et j’ai été propriétaire d’une maison. J’ai vécu le bruit d’un skatepark improvisé près de chez moi et c’est assourdissant. Assez pour scrapper tes soirées. J’ai donc évolué dans ma pensée. Ou je suis devenu grognon, qui sait?

Sur l’uniforme scolaire, je n’ai pas bougé d’un iota. J’étais en faveur il y a 10 ans et mon opinion n’a pas évolué. Pour moi, ce genre de débat ne devrait pas être cyclique. En imposant l’uniforme maintenant, on règle le problème pour toujours.

Je sais, j’entends les opposants : et la liberté d’expression des jeunes? La liberté individuelle? Ça va coûter bien cher! Le fait que ça vise surtout les filles parce qu’on veut cacher leur peau et ne pas exciter les petits garçons. Encore un élément de contrôle des hommes, etc.

Savez-vous quoi? Ils ont sûrement raison. Pourtant, je suis insensible à l’argumentaire.Tout ça devient théorique. Si tout le monde a le même polo, avec la même longueur et le même pantalon, fin de l’histoire. Ça vise les gars et les filles. Ça ne coûte pas plus cher, et si oui, il est sûrement possible de trouver des moyens d’aider les familles. Et il y a des avantages, comme la simplicité et le sentiment d’appartenance à l’école. Les principes d’égalité aussi : riche, pauvre, gars, fille, à la mode ou pas, t’as le même chandail. Tu exprimeras ta différence le soir et le week-end.

Attention de ne pas tomber dans la misogynie. Si tu imposes une tenue différente pour les deux genres, attends-toi à une opposition bien méritée.

Mais bon, on pourrait aligner les arguments en faveur et en opposition. C’est le genre de débat qui n’a pas de fin et où tout le monde à raison. C’est justement pour ça que je suis en faveur; c’est mon point! Car même si je change d’opinion, le débat reste toujours présent. En l’imposant, on règle la question, et on passe à autre chose. On met fin au débat. Et un débat pas si important.

Bon, est-ce que le timing est le bon pour ce genre de règlement? Je ne sais pas. C’est la sortie tranquille de la COVID-19 et peut-être que l’uniforme est un mauvais investissement de nos efforts. Mais la question de l’uniforme, c’est aussi une belle occasion d’avoir un débat éthique sur les questions de la liberté individuelle et de la responsabilité collective. Des concepts très malmenés pendant la pandémie.

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