23 juin 2022
Dérives silencieuses, une exposition qui laisse sans mots
Par: Olivier Dénommée
Jean-Claude Légaré a peint « Dans le silence de sa mémoire » (à droite) en 2019, mais cette œuvre a pris un tout autre sens quelques mois plus tard avec la pandémie de la COVID-19 et le confinement qui a isolé beaucoup d’aînés. « Symbiose silencieuse » (à gauche) représente quant à elle un moment d’introspection.Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Jean-Claude Légaré a peint « Dans le silence de sa mémoire » (à droite) en 2019, mais cette œuvre a pris un tout autre sens quelques mois plus tard avec la pandémie de la COVID-19 et le confinement qui a isolé beaucoup d’aînés. « Symbiose silencieuse » (à gauche) représente quant à elle un moment d’introspection.Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Jusqu’au 31 juillet, la Maison Paul-Émile-Borduas, affiliée au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire (MBAMSH), reçoit dans sa salle située au rez-de-jardin l’exposition Dérives silencieuses de l’artiste lévisien Jean-Claude Légaré. Cette exposition ayant pour grand thème le silence aborde différents enjeux d’actualité qui ne laissent aucun visiteur indifférent.

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Initialement présentée au Centre d’exposition Louise-Carrier à Lévis, l’exposition s’est déplacée à Mont-Saint-Hilaire pour une partie de l’été. « Jean-Claude Légaré cumule 50 ans de carrière. C’est un artiste très connu dans sa région et nous sommes heureux de pouvoir le faire découvrir ici! Nous trouvons que la salle de la Maison Paul-Émile-Borduas est parfaite pour accueillir une partie de son corpus », commente la directrice générale intérimaire du MBAMSH, Geneviève Létourneau.

La douceur des traits contraste grandement avec la durement de la plupart des sujets abordés par Jean-Claude Légaré dans le cadre de son exposition Dérives silencieuses.
Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

M. Légaré s’est surtout fait connaître comme paysagiste, mais il a développé ces dernières années un intérêt pour des sujets plus sociaux. « En 2018, j’ai décidé de donner un coup de barre à ce genre de sujets avec la controverse entourant le spectacle SLĀV de Robert Lepage [qui s’était fait accuser de faire de l’appropriation culturelle en traitant d’esclavagisme sans donner les rôles principaux à des personnes noires]. Puis, la pandémie m’a aidé à faire une introspection. » Le thème du silence s’est imposé comme fil conducteur, souvent pour dénoncer les dérives de la société causées par l’inaction face aux injustices et aux abus.

Plusieurs sujets ont inspiré l’artiste, comme les problèmes à la DPJ, les vagues de migrants, les changements climatiques, le sort réservé aux femmes dans différentes religions ou encore la brutalité policière, qui a ensuite tenté d’illustrer avec une certaine douceur ces sujets peu réjouissants en les rattachant au vaste thème du silence. « La facture visuelle, très douce, ajoute à l’impact, croit Mme Létourneau. C’est quand on les observe plus longuement que les œuvres prennent de l’ampleur en nous et qu’on peut voir les autres dimensions et les codes d’interprétation qui viennent nous toucher encore plus. » Le peintre croit aussi que ce « contraste » entre la dureté des sujets abordés et la beauté des œuvres aide les visiteurs à plus facilement « faire passer la pilule ».

Une des œuvres marquantes de Dérives silencieuses est « Dans le silence de sa mémoire », représentant une vieille dame, seule, assise sur son lit. Créée en 2019, l’œuvre traite des enjeux de la vieillesse et de la perte de mémoire, mais a pris un tout autre sens avec le confinement de 2020 qui a fait des ravages auprès des populations aînées, particulièrement en CHSLD. « Cette œuvre a été lauréate du prix d’excellence au Salon d’automne de 2020 : elle avait touché autant le public que le jury. Elle avait peut-être quelque chose de prophétique », note Geneviève Létourneau.

Une autre œuvre qui ne passe pas inaperçue est celle où on reconnaît la tristement célèbre scène montrant le policier Derek Chauvin, le genou sur le cou de George Floyd, pendant son arrestation fatale à Minneapolis en 2020. Il s’agit de la plus récente des créations qui se trouve actuellement à la Maison Paul-Émile-Borduas. « J’ai été surpris de voir que celle-ci a été la première de l’exposition à être vendue, à quelqu’un qui considère que cet événement tragique a quelque chose de pédagogique et qu’il ne faut jamais l’oublier », admet Jean-Claude Légaré, estimant que chacune des œuvres de Dérives silencieuses a sa propre force et que certaines resteront – malheureusement – d’actualité dans 50 ans. L’artiste confirme au passage que ce qui devait à l’origine être une « parenthèse » pour s’attarder à des sujets d’actualité va se poursuivre, lui qui n’a pas manqué d’inspiration depuis deux ans…

L’exposition Dérives silencieuses contient 20 œuvres, dont plusieurs peintures, mais aussi quelques dessins, qui traitent toutes d’une façon ou d’une autre du vaste thème du silence.
Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

« C’est unanime, les gens sont ravis de voir cette exposition », affirme Geneviève Létourneau, qui souhaite voir beaucoup de curieux à la Maison Paul-Émile-Borduas d’ici le 31 juillet. Jean-Claude Légaré sera de passage à quelques reprises durant l’exposition, mais un guide-animateur sera présent le reste du temps. Infos : www.mbamsh.com.

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