27 juillet 2022
Projet pilote au parc canin de Belœil
Des mécontents de tous les côtés
Par: Olivier Dénommée
Jean Caumartin fait partie des voisins du parc canin qui militent depuis le tout début pour que celui-ci soit déplacé hors d’un secteur résidentiel. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Jean Caumartin fait partie des voisins du parc canin qui militent depuis le tout début pour que celui-ci soit déplacé hors d’un secteur résidentiel. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Sujet chaud à Belœil depuis plus de trois ans, l’enjeu du parc canin situé en plein quartier résidentiel fait encore réagir. Cette fois, c’est le projet pilote récemment mis en place par la Ville pour réduire les nuisances et pour faire le compte des utilisateurs du parc qui soulève les passions, autant du côté de ceux qui espèrent voir le parc déménager que des utilisateurs.

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Faisant suite à une rencontre tenue le 17 mai dernier avec des résidents des rues avoisinantes, la Ville leur a envoyé une lettre datée du 29 juin annonçant les mesures qui allaient être mises en place. Il est notamment question d’« un système de porte aimantée […] afin d’éliminer le bruit de rebond de la porte », en plus de permettre de « contrôler électroniquement, à distance, les accès » pour faire respecter les nouvelles heures d’accès au parc dans le cadre d’un projet pilote qui doit débuter à la mi-août. La fin de semaine, le parc ne sera alors accessible que de 9 h à 17 h, ce qui doit diminuer les nuisances occasionnées par la présence de chiens. L’horaire de 7 h à 22 h en semaine demeure toutefois inchangé. La lettre fait aussi mention d’un talus aménagé sur la rue du Repos et d’une patrouille qui inclura le parc canin dans sa tournée en soirée.

La dernière mesure est un comptage sur une semaine, qui a été réalisé entre le 18 et le 24 juillet dernier. « Nous prenons en note la date et l’heure, le nombre de personnes, le nombre de chiens ainsi que le lieu de résidence [des utilisateurs]. L’objectif est de connaître le nombre d’utilisateurs et leurs provenances pour une cueillette de données », a expliqué la conseillère en communication à la Ville, Maghali Provencher.

« Des demi-mesures »

Malgré cette annonce, les voisins du parc canin étaient loin de célébrer. Résidente de la rue du Repos, Marie Beauregard a fait une sortie au conseil municipal du 11 juillet, en plus de publier une lettre ouverte dans les pages de L’Œil Régional pour dénoncer la situation qu’elle et d’autres voisins endurent au quotidien depuis deux ans et les mesures proposées qui ne régleront rien selon elle. « On appelle ça des demi-mesures, ça ne va pas résoudre grand-chose! […] Depuis deux ans, je souffre de ce bruit, de cet achalandage continuel. Il n’y a pas de possibilité de me reposer chez moi. […] C’est aberrant que cette souffrance soit imposée à des citoyens », a-t-elle notamment plaidé devant le maire suppléant Karim-André Laz, en l’absence de la mairesse Nadine Viau.

Ce dernier a confirmé que « la Ville est consciente des désagréments » et qu’elle « va devoir prendre des décisions concernant le parc canin ». « Pour prendre ces décisions, toutefois, il faut tester certaines mesures et on doit avoir les bonnes données en mains pour être capable de faire le choix éclairé », a-t-il répliqué à la citoyenne.

Une réponse qui n’a pas convaincu Mme Beauregard, qui a rencontré L’ŒIL quelques jours après sa sortie au conseil. « C’est de la langue de bois. Ce qui est proposé, ce sont des compromis, mais ça n’enlève rien au problème et ça ne fait que rendre les gens insatisfaits », croit-elle. Pour elle, la seule solution viable serait de déménager le parc loin des maisons. « Par exemple, à Mont-Saint-Hilaire, on vient d’ouvrir le parc loin d’un secteur résidentiel. Nous, on ne nous a pas consultés [les résidents du secteurs] avant, on nous a juste mis devant le fait accompli. Le parc était beau avant : les gens s’en prévalaient pour se reposer, pique-niquer, pratiquer des sports. » Maintenant, elle dit avoir droit quotidiennement à des « concerts d’aboiements » devant sa maison et elle soutient qu’aucun des résidents des rues entourant le parc canin ne l’utilise, même ceux qui ont un chien.

Selon son estimation, il est possible à certains moments de voir jusqu’à 20 ou 25 chiens simultanément au parc, mais ces dernières semaines ne seraient pas particulièrement représentatives du véritable achalandage du parc, puisque plusieurs utilisateurs sont partis en vacances. Elle doute donc de la pertinence d’avoir fait le compte la semaine dernière. Invité à commenter, M. Laz croit, au contraire, que la période estivale est le meilleur moment pour conduire un tel exercice, puisque davantage de gens souhaitent profiter du plein air avec leur animal.

Les procédures continuent

Jean Caumartin, qui a manifesté dès 2019 son désaccord avec le projet d’installer le parc canin devant chez lui, ne change rien à sa position et croit que l’exemple d’autres villes – dont La Prairie, Québec et Lévis – qui ont reculé après avoir installé un tel parc dans un secteur résidentiel lui donnera raison devant un juge. L’injonction déposée en 2020, d’un montant de 145 000 $, va aussi augmenter comme il estimait initialement à 25 000 $ les frais d’avocats encourus par les démarches, qui seront finalement plus élevés vu les délais.

Une date pour l’injonction permanente n’est pas encore fixée, et M. Caumartin déplore un retard dans le processus alors qu’il attend toujours le résultat de l’expertise faite sur sa maison pour évaluer la perte de valeur causée par la présence du parc canin. « Après que j’aie enfin le rapport de l’évaluatrice, il est possible que la Ville fasse une contre-expertise et on va encore perdre du temps. Je ne vois donc pas l’audition avant 2023, mais on continue d’endurer pendant ce temps-là », commente-t-il.

Il n’a pas particulièrement foi dans le processus initié par Belœil et croit que la seule façon de faire bouger les choses est de continuer par la voie des tribunaux. « C’est une cause qui permet de corriger une injustice. Je l’ai dit dès avril 2019 : je suis prêt à aller jusqu’en Cour suprême s’il le faut », affirme celui qui affirme être incapable de dialoguer avec les utilisateurs du parc canin qui le voient comme un « chialeux » qui n’aime pas les chiens. « J’ai envie de mettre les gens au défi d’acheter ma maison et de vivre dedans, pour voir s’ils sont sérieux. Ceux qui vivent à un kilomètre ou plus du parc, ils ne sont pas crédibles parce qu’ils n’endurent pas les nuisances », insiste-t-il, allant jusqu’à comparer les jappements entendus au quotidien à une forme de torture.

M. Caumartin se questionne sur un possible biais que pourrait avoir la mairesse Nadine Viau dans le dossier. Elle-même utilisatrice du parc, elle s’était faite très active en 2021, avant son élection, pour contrer la demande d’injonction qu’il avait déposée en invitant les utilisateurs à remplir des déclarations sous serment en défense au parc. Sa propre déclaration, où elle affirmait qu’elle subirait un « préjudice sérieux » si le parc canin venait à être fermé, même temporairement, a été signée le 9 mars 2021 et, quelques mois plus tard, elle créait son propre parti Oser Belœil en vue des élections municipales qu’elle a remportées. Elle est toutefois en vacances pour le moment et n’a pas été en mesure de répondre elle-même aux affirmations de M. Caumartin.

Les utilisateurs aussi méfiants

Les voisins du parc ne sont pas les seuls à penser que les élus de Belœil ont un biais pour l’autre parti : plusieurs utilisateurs du parc ont exprimé sur les réseaux sociaux leur mécontentement des mesures mises en place par la Ville et certains ont été jusqu’à affirmer que la mairesse Viau était « de mèche » avec ceux qui contestent la présence du parc à cet endroit. La semaine dernière, la présence d’un chapiteau abritant la personne chargée de faire le compte des visiteurs a aussi été comparée à la « police du parc ». La présence d’une caméra bien visible a aussi alimenté la grogne, de même que l’annonce des heures réduites la fin de semaine.

Le maire suppléant de Belœil, Karim-André Laz, a admis avoir assisté à quelques « dérapages qui n’ont pas raison d’être » dans ce dossier. Il assure que personne à la Ville, et surtout pas Nadine Viau, n’a un parti pris dans ce dossier chaud. « En plénier, le sujet revient constamment. […] On est conscients que les voisins vivent des choses difficiles et, de l’autre côté, que les utilisateurs se sentent brimés. Tout le monde essaie de tirer la couverte de son côté. »

Il admet que « le conseil aura une décision importante à prendre » une fois qu’il aura en mains toutes les données nécessaires. Le comptage de la semaine dernière devrait aider les élus à prendre une « décision éclairée » quant à l’avenir du parc canin. « Et pendant qu’on récolte nos données, on met en place une série de mesures atténuantes, qui ne sont pas finales, définitives ou permanentes. » À ce stade-ci, aucune option n’est écartée de la table, ajoute M. Laz. Si le conseil n’anticipe pas nécessairement d’en venir à déplacer le parc ou à carrément le fermer, il va explorer « toutes les options possibles afin de satisfaire dans la mesure du possible les utilisateurs et les riverains du parc canin ». Il ne croit toutefois pas que ce sont les récentes fermetures de parcs situés dans des zones résidentielles qui vont dicter l’avenir de celui de Belœil.

Quant à la présence de la caméra, il précise qu’elle se trouvait déjà dans le parc, mais à un autre endroit. Elle a été rapprochée de la porte, « pas pour espionner les utilisateurs, mais pour aider les policiers et les employés aux travaux publics » lorsque nécessaire.

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