19 octobre 2022
Désobéir
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

La désobéissance civile est une idée qui me fascine beaucoup et j’en ai parfois parlé ici.

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Je parle de résister à ses élites politiques, au gouvernement ou aux lois parce que notre conscience nous le dicte. Mais ce n’est pas désobéir impunément. La désobéissance doit rester un geste public, pacifique, collectif, mais surtout conscient et conséquent. C’est aussi idéalement un geste de dernier recours, par exemple si la contestation légale a échoué.

J’y reviens, car on m’a beaucoup parlé cette semaine du cas de Saint-Denis-sur-Richelieu. La Municipalité doit maintenant se rendre dans la ville voisine pour aller remplir d’essence sa flotte de véhicules au lieu de se ravitailler à la station d’essence locale. Tout ça pour éviter un conflit d’intérêts parce que la femme du propriétaire de la station d’essence siège au conseil municipal. « Absurde », disais-je dans mon dernier éditorial.

Je terminais le texte en disant qu’une solution facile s’imposait : ignorer la loi. J’invitais carrément la Municipalité à faire fi de la loi et de la situation ridicule qu’elle causait, puis de continuer de mettre son essence à la station du village.

Pas de compromis; pas une alternative au stockage d’essence; ne pas demander à la conseillère de démissionner. Non, on y va all in.

C’était une boutade envers l’autorité et les conclusions de la Commission municipale du Québec. Une finale de texte colorée pour faire un effet. Parce que je ne détiens pas le pouvoir; je peux donc me permettre de jouer au rebelle cheap.

J’ai croisé le maire de McMasterville, Martin Dulac, cette semaine lors d’un événement. Nous avons discuté de cette situation, bien sûr. Puis, il m’a rappelé que j’avais fait un coup de gueule semblable en 2020 dans le dossier du passage piéton. La Municipalité faisait d’énormes pressions auprès du ministère des Transports pour faire modifier une intersection problématique. Il aura fallu attendre après un accident très violent, qui avait causé le transport d’une piétonne à l’hôpital, pour que le dossier avance finalement plus rapidement. Et encore.
J’avais donc proposé, encore une fois, de défier le Ministère. Je suggérais à la Ville de « réaliser les travaux illégalement et d’envoyer la facture au Ministère ».

Pourtant, je ne suis pas un vrai rebelle. Je me souviens que, pendant la campagne électorale, j’avais personnellement beaucoup de difficultés avec la position du candidat conservateur dans Borduas, Jean-Félix Racicot, qui suggérait de décentraliser les décisions du MTQ et de permettre aux milieux locaux (municipalités, écoles, etc.) de décider de la gestion des infrastructures routières. Un brigadier veut installer une traverse piétonnière? Pas de problème. Une ville pense qu’un arrêt est nécessaire sur une route provinciale? Hop, ni une ni deux, on installe.

Avec ce que j’ai dit dans les dossiers Saint-Denis et McMasterville, cette proposition devrait me plaire. Mais ce n’est pas le cas. J’aime mieux savoir ces décisions prises par des spécialistes et des experts, et non pas par le gros bon sens. Je respecte l’autorité énormément, malgré tout.

Mais, devant l’absurde, agir et répondre des conséquences de nos actes plus tard est parfois la bonne option. Pour le bien commun, avec un peu d’initiative et une petite touche de colère. Je pense que dans le cas de Saint-Denis, les élus seraient « conscients et conséquents » dans leurs gestes.

Bonne désobéissance et bonne semaine.

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