10 mai 2024 - 11:33
Pour une durée « indéterminée »
Fermeture des sentiers des Bosquets Albert-Hudon au public
Par: Vincent Guilbault
Les sentiers des Bosquets Albert-Hudon sont fermés au public jusqu’à nouvel ordre.
Photothèque | L’Œil Régional ©

Les sentiers des Bosquets Albert-Hudon sont fermés au public jusqu’à nouvel ordre. Photothèque | L’Œil Régional ©

Les randonneurs ne peuvent plus emprunter les sentiers des Bosquets Albert-Hudon, à Otterburn Park, depuis le 3 mai. Selon la Ville d’Otterburn Park, la Fondation Papillon, propriétaire du boisé, a pris la décision d’interdire l’accès au public de tous les sentiers pour une « durée indéterminée » en raison de vandalisme répété.

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Dans une lettre envoyée à la Ville, et dont L’ŒIL a obtenu copie, les avocats de la Fondation Papillon parlent de plusieurs événements criminels qui sont survenus ce printemps, comme des installations itinérantes de cabanes, du dépôt de sofa et même des coups de feu entendus dans la nuit, ce qui a nécessité l’intervention de la police. De plus, ces événements s’ajoutent à une longue liste d’actes répétés, comme des incivilités, le non-respect des règlements du site et la présence de vélos ou de chiens sans laisse.

L’ŒIL a tenté de joindre la Fondation, mais personne n’avait rappelé le journaliste au moment d’écrire ces lignes. En entrevue avec le journal, la mairesse d’Otterburn Park, Mélanie Villeneuve, a indiqué que les gens de la Ville avaient aussi constaté ce genre de comportements dans les dernières années.
Des blocs de béton ont été ajoutés pour bloquer l’accès au site, la signalisation a été retirée et toutes mentions de l’accès aux sentiers sur le site web de la Ville, à la demande de la Fondation. Au moment de la publication de ce texte, la Ville n’avait pas eu d’autres contacts avec les gens de la Fondation.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont manifesté leur colère devant la décision de la Fondation et sur la fermeture des sentiers. La Ville reçoit aussi beaucoup de courriels de mécontentement.
Questionnée sur l’achalandage, la mairesse n’a pas été en mesure de donner une réponse précise, mais confirme que le site était très populaire auprès des résidents, des élèves de l’école Notre-Dame et même des gens de l’extérieur, notamment les propriétaires de chiens. Depuis la pandémie, la popularité du site avait augmenté, estime-t-elle.

À savoir si la situation pourrait se résorber rapidement, Mme Villeneuve se fait prudente, puisque le terrain reste privé. « Il est trop tôt pour dire si je suis optimiste ou pas. Je suis vraiment consciente que c’est important pour les citoyens. Pour moi, c’est inconcevable qu’on ne puisse pas trouver une solution à moyen terme. »

Entente et acquisition
Depuis 2017, aucune entente n’existe entre la Ville et la Fondation Papillon, mais le public pouvait tout de même accéder aux sentiers. Lorsque les deux organisations étaient reliées par une entente, de 2015 à 2017, la Ville s’engageait à verser annuellement 10 000 $ pour « la mise en valeur du site, la restauration du boisé et pour permettre l’utilisation par ses citoyens », peut-on lire dans le document de l’entente dont L’ŒIL a obtenu copie. La Ville s’engageait aussi à effectuer d’autres actions d’entretien, comme le déneigement du stationnement.

De son côté, la Fondation (anciennement la Colonie les Bosquets Albert-Hudon) s’engageait à utiliser l’argent pour des actions de conservation et de mise en valeur du site, et de permettre à la population d’y avoir accès gratuitement. Selon la mairesse Villeneuve, l’absence d’entente n’a rien à voir avec la décision de la Fondation et la lettre n’en fait aucune mention.

Toutefois, depuis la fin de l’entente, le retrait des montants versés annuellement par la Ville aurait un lien avec la dégradation des sentiers. « Il y a effectivement un besoin d’entretien [des sentiers] », concède la mairesse, mais elle laisse le soin à la Fondation d’expliquer les raisons du manque d’entretien. Elle souligne l’importante présence de frênes morts et donc une grande présence de débris. « On estime à plus de 100 000 $ le montant de départ nécessaire en travaux pour remettre le site à niveau. Si on s’en porte acquéreur, il y a un montant à investir. Par contre, on peut aller chercher des subventions. » En devenant propriétaire, la Ville pourrait obtenir des subventions pour l’injecter dans le terrain, ce qu’elle ne peut pas faire en étant partenaire avec la Fondation.

Rappelons que depuis 2022, la Ville négocie pour acquérir plus de 37 hectares de terrains appartenant à la Fondation à des fins de conservation, en excluant les immeubles qui doivent rester la propriété de la Fondation Papillon qui les utilise pour le Camp de Grandpré. Les élus avaient adopté en juin 2022 une résolution pour le dépôt d’une demande de subvention à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) dans le cadre du programme de la Trame verte et bleue du Grand Montréal. Selon la mairesse Villeneuve, le projet d’acquisition respecte encore les critères de la CMM et elle se dit très optimiste d’obtenir une subvention pour une future acquisition, si les deux parties réussissent à s’entendre sur un montant.

Mélanie Villeneuve considère que ce n’est pas dans la mission de la Fondation d’entretenir le boisé, mais plutôt celle d’une Ville. « C’est dans notre mission de rendre disponible un milieu naturel à la population et de le préserver et de l’entretenir. C’est pourquoi on veut s’en porter acquéreur. »

Elle souligne aussi que la fermeture des sentiers ne tue pas le projet d’une acquisition. Toutefois, le processus d’acquisition est très long et la Ville ainsi que la Fondation ne s’entendent toujours pas sur la valeur du terrain. Les deux organisations ont chacun mandaté une firme indépendante pour l’évaluation des terrains, mais elles n’arrivent pas à la même conclusion, souligne Mme Villeneuve. Une troisième étude conjointe pourrait permettre d’en arriver à un montant commun, pense-t-elle.

« On veut discuter avec la Fondation pour trouver des pistes de solution. Mais c’est important d’y aller avec une troisième évaluation rapidement et de miser [sur l’acquisition] comme solution », conclut la mairesse.

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