10 mars 2022
Entraîneuse aux Jeux de Pékin
Julie Marcotte a pleinement savouré son aventure olympique
Par: Denis Bélanger

Vanessa James, Julie Marcotte et Éric Radford lors des cérémonies de clôture. Photo gracieuseté

Julie Marcotte aux abords de l’aréna pour une pratique de ses patineurs. Photo gracieuseté

Julie Marcotte chérira longtemps son aventure aux Jeux olympiques. Photo gracieuseté

Un petit souvenir à l’aéroport. Photo gracieuseté

L’entraîneuse de patinage artistique originaire de Belœil, Julie Marcotte, a eu enfin l’occasion de vivre dernièrement à Pékin le rêve olympique après avoir roulé sa bosse dans le milieu pendant de nombreuses années. Elle revient avec le cœur comblé et la tête pleine de moments gravés à tout jamais.

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L’ancienne membre du Club de patinage artistique de Belœil dirige depuis des années l’École de patinage artistique Julie Marcotte à Sainte-Julie. Elle a été chorégraphe pour de nombreux couples, dont ceux entraînés par son frère, Bruno Marcotte, lui aussi très réputé dans le milieu.

Julie Marcotte a pu assister à de nombreux championnats du monde en tant que chorégraphe. Mais l’occasion ne s’était jamais présentée pour aller aux Jeux, car les accréditations sont limitées et réservées à l’entraîneur principal.

Les astres alignés

Les astres se sont alignés en 2022 pour que Julie Marcotte accompagne à Pékin le duo d’Éric Radford et de Vanessa James en tant qu’entraîneuse. Éric Radford est un vétéran du sport, comptant avant cette saison trois médailles olympiques et deux participations au rendez-vous planétaire. Radford avait pris sa retraite après les Jeux de Pyeongchang. Il a participé à l’émission de CBC Battle of the Blades à l’automne 2019 où il a appris à connaître davantage son ancienne rivale, Vanessa James. À l’automne 2020, Radford a invité James pour un essai officiel et a éventuellement annoncé son retour à la compétition en 2021.

Pour ce dernier tour de piste, Éric Radford a demandé à Julie Marcotte qu’elle soit son entraîneuse. Les deux ont travaillé ensemble pendant un peu plus d’une décennie. Julie Marcotte a été la chorégraphe de Radford quand ce dernier patinait avec Meagan Duhamel, la conjointe de l’entraîneur de l’époque Bruno Marcotte. Ce dernier a déménagé il y a quelques années dans la région de Toronto et Éric Radford souhaitait demeurer à Montréal.

Ajoutons que pour que le rêve olympique se poursuive pour tout ce beau monde, Vanessa James devait obtenir une dérogation pour avoir le droit de représenter le Canada aux Jeux. James avait auparavant représenté la France.

Des patineurs fiers

À Pékin, Éric Radford et Vanessa James ont participé à la compétition par équipe présentée au début des Jeux. Ils ont eu l’occasion de faire les programmes court et libre. Le Canada a terminé au pied du podium en quatrième position. « Cette compétition a permis à Éric et à Vanessa de briser la glace et de bâtir leur confiance. On savait que les chances de médailles étaient réduites parce que le champion canadien masculin en individuel a eu la COVID-19 et a manqué cette épreuve. »

La compétition en couple s’est tenue dans les derniers jours des Jeux. Le duo Radford-James a terminé au 12e rang. Pour Julie Marcotte, le souhait principal était que ses patineurs sortent de la glace fiers d’eux-mêmes. Les retrouvailles entre l’entraîneuse et ses patineurs aux abords de la glace après leur programme libre ont été émouvantes.

« Ils m’ont remerciée. Éric m’a dit que je lui avais donné la plus belle année de sa vie, ce qui n’est pas peu dire étant donné qu’il a déjà gagné des médailles. Je m’estime chanceuse d’avoir pu les accompagner dans cette aventure. […] Ce sont deux athlètes qui possèdent une grande éthique de travail. Ils sont aussi des modèles et un exemple parfait de bon esprit sportif et de générosité. »

Une expérience inoubliable

Julie Marcotte a pu partager cette expérience avec son frère Bruno qui participait à ses deuxièmes jeux en tant qu’entraîneur. Il accompagnait cette fois-ci un duo japonais et un autre couple canadien. Malgré les mesures sanitaires, ils ont pu se côtoyer. « Habituellement, il reste peu de tickets disponibles pour aller voir d’autres sports. Là, en raison du contexte de la COVID-19, les familles des athlètes n’étaient pas présentes. J’ai eu la chance d’aller voir plusieurs sports, et ce, avec mon frère. Ç’a été génial. »

L’entraîneuse a vraiment aimé côtoyer des athlètes et entraîneurs provenant de sports différents. « Tu es entouré de gens qui ont fait des sacrifices et qui ont ainsi des histoires en commun. J’ai pu me mélanger avec tous les sports. J’ai mille histoires à raconter. J’ai eu l’occasion de parler longuement avec Claude Julien. Le lendemain, il est venu voir mes athlètes patiner. »

De l’inquiétude

La propagation du variant Omicron à la fin décembre a laissé planer un doute sur la participation de Julie Marcotte aux Jeux olympiques. Elle n’a jamais cru une seconde que les Jeux seraient annulés, mais ses deux patineurs et elle ont toutefois contracté la COVID-19 plusieurs semaines avant leur départ pour la Chine.

« Les mesures sanitaires et de contrôle sont strictes en Chine. Il fallait produire quatre tests négatifs avant le départ à la fin janvier. Dans la dernière semaine, Vanessa s’est mise à faire des tests irréguliers. Finalement, tout a été correct. »

La COVID-19 a même failli gâcher la réunion familiale. Bruno Marcotte a contracté lui aussi le virus et n’a pu entrer en Chine qu’à la dernière minute. Il a pu rejoindre sa sœur le 4 février, soit trois ans exactement après le décès de leur père. « C’était spécial et un peu surréaliste comme situation », admet-elle.

Une ombre au tableau

Ces Jeux olympiques ont toutefois été ternis par un scandale de dopage au patinage artistique. Peu de temps après la fin de l’épreuve par équipe, la remise des médailles a été reportée pour des raisons légales. Finalement, le monde entier a appris par la suite que la patineuse Kamila Valieva du Comité olympique russe (COR), vainqueure de la médaille d’or, avait échoué à un test antidopage à la fin de l’année 2021. Le sort du résultat final n’est pas encore connu et pourrait changer. Une disqualification du COR signifierait que le Canada grimperait sur la troisième marche du podium. Éric Radford mettrait la main sur une quatrième médaille olympique et Vanessa James, sur sa première.

Julie Marcotte assure que la situation n’a pas trop dérangé ses patineurs. « Nous étions capables de nous concentrer sur ce que nous avions à faire. Nous n’étions pas dans les médailles. Mais j’ai de la peine pour les Américains (deuxièmes) et les Japonais (troisièmes), qui n’ont toujours pas leurs médailles. C’est triste. Ils s’en allaient à la cérémonie de remise et l’autobus a dû rebrousser chemin. »

Une autre ombre au tableau a été la décision de permettre à la jeune Kamila Valieva de prendre part à la compétition individuelle des femmes. « Ça envoie un très mauvais message pour l’intégrité et la propreté du sport. Mes patineurs étaient abasourdis par la décision. »

Julie Marcotte assure que cette situation n’a aucunement gâché sa toute première expérience olympique.

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