3 novembre 2021
La famille Gendron-San Emeterio met les voiles!
Par: Olivier Dénommée
Michel Gendron, Maria San Emeterio et leur fils Tristan ont entamé la semaine dernière un long périple en voilier autour du monde. Photo gracieuseté

Michel Gendron, Maria San Emeterio et leur fils Tristan ont entamé la semaine dernière un long périple en voilier autour du monde. Photo gracieuseté

Le Liberté sur l’océan ne mesure que 12 mètres, mais on y retrouve notamment trois lits, deux salles de bain, un salon intérieur et une petite cuisine. Photo gracieuseté

Le Liberté sur l’océan ne mesure que 12 mètres, mais on y retrouve notamment trois lits, deux salles de bain, un salon intérieur et une petite cuisine. Photo gracieuseté

Jusqu’à tout récemment résidents de Mont-Saint-Hilaire, Michel Gendron, Maria San Emeterio et leur fils Tristan seront des citoyens du monde pour un bon moment. Ils ont pris l’avion il y a quelques semaines pour retrouver le Liberté sur l’océan, le voilier qui leur servira de demeure pour les six prochaines années pendant lesquelles ils feront le tour du monde.

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Maria San Emeterio, d’origine mexicaine, est planificatrice de mariages et d’événements. Quant à son conjoint Michel Gendron, il était jusqu’à tout récemment employé à la SAQ. Ce dernier caressait depuis un certain temps le rêve fou de faire le tour de la planète en voilier, inspiré par le livre La V’limeuse autour du monde. Il a d’ailleurs possédé un voilier sur le lac Champlain il y a une vingtaine d’années, mais avait mis ce projet de côté. « Arrivé à 50 ans, je me suis dit que c’était là ou jamais que je devais réaliser mon rêve. Mais il fallait que Maria embarque pour que ça puisse marcher », explique Michel.

Mais la véritable étincelle a été le décès du père de Maria, en 2020, juste avant le début de la pandémie. « C’est là qu’on a fait le choix d’être pauvres matériellement, mais riches en expériences », poursuit Maria, qui a fixé la date de départ au 18 octobre 2021, date du 12e anniversaire du couple. C’est depuis ce temps que le couple ne pense plus qu’à son voyage et à tout ce qu’il implique : la vente de presque tous les biens matériels, mais aussi la préparation nécessaire et l’éducation de leur fils, qui se fera « à la maison » pour les prochaines années alors qu’ils visiteront une quarantaine de pays à travers le globe.

Le couple estime que le voyage nécessite un bagage « plus émotionnel que matériel ». « On vit dans une société surconsommatrice, ça prend une certaine maturité pour se donner la force de faire le sacrifice de vivre simplement comme on s’apprête à faire », estime Maria. « Il y a énormément d’élastiques qui nous retiennent, mais quand on les coupe, on ressent vraiment de la liberté et de la fierté! », reprend Michel.

Longs préparatifs
Si Michel Gendron avait déjà une certaine expérience avec la voile, c’était tout nouveau pour Maria San Emeterio. La petite famille a donc pris le temps d’apprivoiser ce moyen de transport dans la dernière année, passant beaucoup de temps sur le fleuve Saint-Laurent. « Le Saint-Laurent est une des meilleures écoles au monde : c’est un des cours d’eau les plus difficiles à naviguer. Après, on devrait être prêts à tout », précise Maria.

Malgré tout, l’équipage du Liberté sur l’océan se prépare à toute éventualité au cours de son périple et les trois membres ont suivi leurs cours de sauvetage en milieu éloigné.

Côté équipement, le petit voilier sera notamment doté d’un dessalinisateur permettant de produire 20 litres d’eau potable par heure, d’une petite éolienne et d’un moteur pour les journées sans vent. « En mer, ça prend toujours un plan A, B, C et D, raconte Michel. On a aussi un radar qui nous permet de voir les autres bateaux et de nous faire voir par eux. Si un cargo venait à nous heurter, il ne le sentirait même pas! »

Le voilier est également équipé de plusieurs systèmes pour continuer à communiquer, même au beau milieu de l’océan, incluant un booster cellulaire (d’une distance de 40 km) et un booster wi-fi, Le voilier a accès aux prévisions météorologiques de partout dans le monde pour aider à planifier l’itinéraire. « Malgré ça, on n’est jamais prêts à 100 %, il reste toujours une part d’imprévu », relativise tout de même Maria.

Le voilier est équipé d’un petit « bateau taxi » (dinghy) qui permettra à la famille de se rendre à la marina lorsque le navire est ancré dans une baie. Cela permettra à la famille de se rendre sur la terre ferme pour interagir avec les habitants et faire son épicerie.

Horizon 2027
Les trois voyageurs ont déjà rejoint leur voilier aux Açores, de petites îles portugaises à environ 1500 km du continent, mais ils ne sont pas encore prêts à prendre la mer. « On va y passer cinq ou six mois pour s’acclimater au voilier, le comprendre et être bien à l’aise avec lui. Après, ça va prendre de sept à dix jours de traversée pour se rendre jusqu’au Portugal », explique Michel Gendron.

Par la suite, la famille s’est tracé un « itinéraire précis, mais flexible ». La première année du voyage sera essentiellement dans la mer Méditerranée, et la seconde dans les îles Canaries et les Caraïbes, après une traversée de l’Atlantique de 15 à 20 jours. « On devrait passer de six à neuf mois dans les Caraïbes… puis, direction océan Pacifique! On étudie la possibilité de faire le tour de l’Amérique du Sud plutôt que de passer par le canal de Panama », raconte Michel. Ensuite, ce serait au tour de la Polynésie française. La quatrième année serait consacrée à la région de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie et la cinquième à la visite de pays tels que l’Indonésie, la Thaïlande et le Sri Lanka avant de se rendre dans les îles de l’océan Indien. « Après, ce sera le retour vers l’Atlantique et on verra ce qu’on va faire à ce moment-là », conclut Maria San Emeterio.

Pour elle, quitter le Canada pendant aussi longtemps ne l’inquiète pas outre mesure. « Le Canada, c’est mon quatrième pays. Le plus dur à quitter, c’est le premier. Après, on devient un peu un résident du monde », croit-elle. Michel, de son côté, n’avait pas une aussi grande expérience de voyage, mais ne sent pas qu’il « quitte » son pays natal. « Je pars juste en voyage pendant six ans! » Le couple reconnaît que le choix de partir pendant six ans a été justifié par le fait qu’à la fin du périple, leur fils Tristan aura alors 16 ans et qu’il sera libre de ses choix.

La meilleure école
D’ici là, Tristan risque d’avoir une vie hors du commun. Il a déjà goûté à l’école à la maison pendant la pandémie, ce qui l’a préparé pour les prochaines années. « On va consacrer deux heures par jour à son éducation sur le voilier, essentiellement des mathématiques et du français. Pour ce qui est de la géographie, de l’histoire et des autres langues, on considère que c’est le voyage qui va lui enseigner tout ça », lance son père, tout sourire.

Il reconnaît d’ailleurs que son garçon parle encore peu anglais, mais n’a aucune crainte qu’il apprendra vite au contact de gens de partout sur la planète. Maria, dont la langue maternelle est l’espagnol, espère que son mari et son fils maîtriseront aussi cette langue et en comprendront de nombreuses autres à la fin de leur voyage. Mais surtout, les parents espèrent léguer à leur fils de bonnes valeurs grâce à cette expérience unique.

Même s’il sera loin des hivers québécois pour les six prochaines années, le couple espère aussi revoir à l’occasion ses autres enfants, qui étaient assez vieux pour faire le choix de rester derrière. « On a deux autres garçons de 18 et 19 ans, on essaie de les convaincre de nous rejoindre quelques mois ou même de prendre une année sabbatique avec nous! », fait remarquer Michel.

Famille branchée
Il est possible de suivre la famille via les différentes plateformes numériques, que ce soit Facebook, Instagram ou Spotify, où un podcast hebdomadaire est enregistré pour parler du projet « Liberté sur l’océan ». Le couple n’exclut pas d’écrire un livre sur son expérience hors du commun.

Et même si cette famille laisse tout tomber pour réaliser le rêve d’une vie, Maria n’a pas oublié son travail de planificatrice de mariages et souhaite pouvoir continuer à organiser des soirées romantiques directement sur son voilier! De son côté, Michel sera aussi travailleur autonome, en plus de s’assurer de l’entretien du voilier. « On sera aussi actifs qu’avant, mais ça sera un autre rythme, loin des embouteillages vers Montréal! », confirme Michel.

Quelques jours avant son grand départ, le couple paraissait parfaitement serein. « On est fous, mais on dort bien la nuit! On n’est pas stressés! Même Tristan, ce qui le stresse le plus, c’est de ne pas savoir parler aux gens qu’il va rencontrer », assure Maria. Et même si les Gendron-San Emeterio ont bien hâte de découvrir toutes les cultures qu’ils vont croiser et goûter à toutes leurs cuisines, ils admettent apporter un peu du Québec avec eux. « On a fait une réserve de 56 cannes de sirop d’érable. On ne pouvait pas partir sans notre sirop! », reconnaît Maria. Comme quoi, même à l’autre bout du monde en voilier, il est difficile de se passer de certains souvenirs de la maison!

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