28 mai 2021
La force des hebdos : l’actualité hyperlocale
Par: Sarah-Eve Charland

Patrick White, professeur de journalisme à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal.Photo gracieuseté

Les journaux hebdomadaires qui ont su survivre aux différentes ventes de journaux au cours des dernières années sont ceux qui ont su se concentrer sur l’actualité hyperlocale, tout en délaissant les articles promotionnels sur les coupures de ruban ou les pelletées de terre, soutient le professeur de journalisme Patrick White.

Publicité
Activer le son

À l’époque où il travaillait pour l’Agence QMI, le professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se rappelle que le contenu de L’Œil Régional était régulièrement utilisé pour les différentes plateformes de diffusion de Québecor.

« Ç’a été une grosse perte [pour Québecor] de laisser aller les hebdos. C’était une richesse exceptionnelle. Ça aurait été une excellente stratégie d’avoir des antennes en région. Ce sont maintenant des petits groupes de presse qui ont les hebdos. C’est aussi une bonne chose parce que les décisions sont prises localement. Ce ne sont plus des décisions centralisées comme c’était le cas avec TC Media et Québecor », souligne-t-il.

En 2011, Québecor Média a fait l’acquisition des Hebdos Montérégiens, incluant L’Œil Régional. La publication sera par la suite vendue au groupe Transcontinental en 2013 et à DBC Communications en 2017.

« Les hebdos qui ont fermé avec les ventes, ce sont ceux qui n’ont pas compris qu’il fallait être hyperlocal. Ça doit être du vrai contenu et non du publireportage. Les photos de pelletées de terre et de coupures de ruban, ça ne déplace plus les gens. La force de L’OEIL, c’est son contenu hyperlocal parce que les médias nationaux couvrent très mal la Vallée-du-Richelieu. Le journal offre du contenu hyperlocal sur toutes ses plateformes », observe M. White.

Les hebdos ont su trouver leur marque en se concentrant sur les conseils municipaux tout en proposant des contenus praticopratiques. « C’est ça, la force des hebdos : être collés sur la réalité. La région est très mal desservie par les médias nationaux. On voit moins les journalistes sur le terrain, surtout en Montérégie. C’est hallucinant quand on pense que Longueuil est à 5 minutes de Montréal et Belœil à environ 25 minutes quand il n’y a pas de trafic. Et les hebdos vont gagner la guerre, avec du contenu de qualité. Si L’ŒIL ne couvre plus les conseils municipaux, il n’y a plus personne pour le faire. »

Il souligne l’importance du devoir de mémoire au-delà de l’actualité pure et simple. N’importe qui qui souhaite faire une recherche sur Belœil et la région tombera nécessairement sur les archives du journal.

Encore de nombreux défis

Même si les hebdos réussissent à tirer leur épingle du jeu, les défis demeurent nombreux afin d’être pertinents plus que jamais. Il y a maintenant plusieurs journalismes, ajoute M. White, que ce soit le journalisme de solution, d’enquête ou de données. Les médias peuvent aussi faire appel à l’intelligence artificielle pour traiter des communiqués ou les événements sportifs ou encore collaborer avec les universités.

« Il y a plein d’opportunités qui permettent d’avoir des textes qui intéresseront les lecteurs. Si les médias font le même journalisme qu’il y a 10 ans, ça ne fonctionne plus. »

image