27 janvier 2025 - 05:00
Stéphane Venne 1941-2025
L’auteur-compositeur parti dans la sérénité
Par: Olivier Dénommée
L’Œil Régional avait rencontré l’auteur-compositeur Stéphane Venne à la suite de son intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, il y a huit ans. Photothèque | L’Œil Régional ©

L’Œil Régional avait rencontré l’auteur-compositeur Stéphane Venne à la suite de son intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, il y a huit ans. Photothèque | L’Œil Régional ©

Même s’ils se connaissent depuis des décennies, assez peu de photos existent de Stéphane Venne (au piano) et Marc Fortier (au centre) ensemble. Les deux ont collaboré à une émission spéciale animée par Guy Lafleur en 1974, à gauche sur la photo. Photo gracieuseté

Même s’ils se connaissent depuis des décennies, assez peu de photos existent de Stéphane Venne (au piano) et Marc Fortier (au centre) ensemble. Les deux ont collaboré à une émission spéciale animée par Guy Lafleur en 1974, à gauche sur la photo. Photo gracieuseté

Stéphane Venne, compositeur et parolier qui a signé 400 chansons au fil de sa carrière et résident de Belœil de longue date, est décédé le 17 janvier dernier, à l’âge de 83 ans. Atteint d’une maladie gastro-intestinale incurable depuis quelques mois, il a obtenu l’aide médicale à mourir, entouré de sa conjointe et de leurs deux enfants. Depuis l’annonce de son décès, une pluie d’hommages a déferlé pour l’auteur de chansons marquantes comme « Il était une fois des gens heureux », « Le temps est bon », « C’est le début d’un temps nouveau », « Tu trouveras la paix » ou encore « Et c’est pas fini ».
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La conjointe des 45 dernières années de Stéphane Venne, Marie Dumais, a expliqué à L’Œil Régional qu’il n’avait jamais été malade de sa vie, mais que sa santé s’était détériorée en 2024, l’amenant à être hospitalisé à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe l’automne dernier, puis au retour des fêtes, jusqu’au 17 janvier. « Recourir à l’aide médicale à mourir, c’était sa décision avant tout. Il a été très courageux et c’était clair pour lui que c’était la chose à faire. Il a été lucide jusqu’à la fin et est parti dans la sérénité, avec ses proches autour de lui », relate celle qui remercie la compassion et l’humanité dont a fait preuve le personnel de l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe.

Mme Dumais n’est pas surprise de l’étendue des hommages reçus, mais s’avoue heureuse de voir que la société québécoise n’a pas oublié la contribution de Stéphane Venne. « Comme auteur-compositeur, il n’était pas à l’avant-scène et il vivait bien avec ça, mais je pense qu’il aurait été très content de voir toutes ces réactions depuis le 17 janvier. » Parmi son impressionnant catalogue, Stéphane Venne avait la même chanson préférée que sa conjointe : « Il était une fois des gens heureux », la chanson-thème du film Les Plouffe.

Mme Dumais retient de lui un homme amoureux de la nature – c’est d’ailleurs un peu ce qui les a attirés à Belœil il y a 45 ans –, mais surtout un grand passionné de son travail, autant lorsqu’il écrivait des chansons que dans son emploi aux communications stratégiques au Service de l’eau de la Ville de Montréal, d’où il venait à peine de prendre sa retraite, en décembre 2024. « Il adorait son travail. Il trouvait ça trop stimulant intellectuellement pour arrêter », reconnaît-elle.

Multiples facettes

Stéphane Venne a laissé une marque indélébile sur l’orchestrateur belœillois Marc Fortier, qu’il considère comme un frère depuis plus de 50 ans de collaboration et d’amitié, soit depuis que Stéphane Venne l’a approché pour signer les orchestrations de la chanson « Si je dis oui » pour Renée Claude. « C’était la première chanson que j’ai orchestrée et, même si j’en ai fait 1000 dans ma carrière, ça reste la plus belle d’entre toutes », insiste-t-il. Il a collaboré à plusieurs autres reprises avec Stéphane Venne, qui lui a toujours laissé une « liberté totale » lorsqu’il faisait appel à lui, et comprend donc sa façon de travailler. « Il y a deux personnes dans Stéphane : un prosateur, raisonné et cartésien, et un poète. Il faut savoir auquel on parle! »

Marc Fortier est aussi impressionné par l’étendue du talent de son ami, aussi à l’aise comme musicien, parolier, coach et réalisateur, une combinaison unique selon lui. « Stéphane était un musicien autodidacte, jouant du piano d’une façon bien particulière. Par exemple, dans “Tu trouveras la paix”, il “mange” le clavier avec son doigté et c’est ce qui en a fait un hit », estime-t-il. Stéphane Venne a toujours accordé une grande importance à la musique dans ses chansons, ce qui a contribué à les rendre intemporelles. Ensuite venaient les paroles, dont le choix des mots et leur rythme étaient aussi importants. « Dans ses chansons, chaque mot est à sa place. »

Son approche face à la composition de ses chansons se retrouve d’ailleurs dans le livre Le frisson des chansons, imposant essai de plus de 500 pages que Stéphane Venne a publié en 2006 aux éditions Stanké, une bible pour quiconque veut connaître les rouages d’une bonne chanson.

Plusieurs se souviennent surtout de Stéphane Venne à travers ses muses, les interprètes qu’il a pris sous son aile au fil de sa carrière : Renée Claude, Isabelle Pierre, Emmanuëlle, Pierre Lalonde ou, plus récemment, Marie-Élaine Thibert. Selon Marc Fortier, Stéphane Venne avait l’intuition lui permettant de trouver la bonne personne pour rapidement la développer et l’amener au sommet de son art. « C’était tout un coach, mais ça prenait une patience d’ange pour travailler avec lui! Il amenait ses interprètes à comprendre le sens de ses paroles et de leur rythme. » Enfin, Stéphane Venne était un réalisateur hors pair, lui qui n’a jamais pris à la légère l’enregistrement de ses chansons. « Il était exigeant et méticuleux en studio, mais ne perdait jamais de vue l’ensemble », note son collègue de longue date. C’est pourquoi il n’a jamais été offusqué lorsque Stéphane Venne faisait appel à un autre orchestrateur pour certaines chansons.

« Stéphane a laissé sa marque de tellement de façons, je ne vois pas d’autres artistes atteindre un tel niveau autant comme musicien, parolier, coach et réalisateur », insiste Marc Fortier.

Marie Dumais précise que des funérailles intimes, pour les proches de Stéphane Venne seulement, auront lieu à Belœil dans les prochaines semaines. De son côté, Marc Fortier assure qu’un hommage musical à son ami verra le jour dans le futur, sous une forme ou une autre.

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