11 août 2021 - 14:22
Le principe de prudence
Par: Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

De plus en plus de citoyens d’Otterburn Park remettent en question l’arrivée d’un complexe commercial et résidentiel de quatre étages sur le chemin des Patriotes. Si la venue d’un tel bâtiment peut avoir ses détracteurs et ses partisans, je m’inquiète surtout du processus plus que du bâtiment.

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Les promoteurs Chagall Construction et Otium Immobilier veulent construire un bâtiment qui doit comprendre des commerces au rez-de-chaussée et jusqu’à 55 logements sur les trois étages supérieurs. Pour ce faire, les élus doivent adopter un règlement pour modifier le zonage actuel qui permet seulement la venue d’un bâtiment de deux étages dans cette zone.

On parle probablement du plus gros bâtiment à voir le jour (20,5 mètres possiblement) sur toute la longueur du chemin des Patriotes. Ce bâtiment a-t-il sa place à Otterburn Park, dans le nouveau développement Le Patriote, directement sur le chemin des Patriotes? Franchement, je ne sais pas. C’est une question de vision. C’est à la Ville et ses élus de déterminer si la vision du promoteur cadre bien avec la leur.

Dans mon cas, je commence à avoir un malaise avec deux aspects du projet qui ne touchent ni sa hauteur ni les briques et le mortier. Je parle de la rapidité du processus et l’aspect démocratique.

D’abord la rapidité. Il est maladroit selon moi que les élus délibèrent sur un enjeu aussi majeur pour le visage de la ville dans une soirée publique extraordinaire, comme ils l’ont fait ce lundi. Car lors de la dernière séance publique régulière du conseil, en juillet, certains élus ont émis des réserves sur des aspects de la demande de modification de zonage. Toutefois, en reportant l’adoption du règlement à la séance de septembre, comme on aurait dû le faire, on se retrouvait trop proche de la date des élections municipales de novembre. Et puisque les élus ne pourront plus prendre de décision dans les semaines précédant le scrutin, tout le processus de modification aurait été probablement reporté et laissé entre les mains des futurs élus. D’où l’idée de convoquer les élus rapidement dans une séance extraordinaire.

Mais voilà, il s’agit d’un projet majeur et certains élus, comme le maire Denis Parent et le conseiller Alexandre Dubé-Poirier, ont souligné vouloir régler le dossier eux-mêmes pour ne pas le léguer au futur conseil municipal. Or là, je demande « pourquoi? ». Oui, un futur conseil pourrait décider de retarder la modification de zonage pour réévaluer la demande. Un prochain conseil pourrait même s’opposer et faire avorter le projet. Mais c’est ça la vie municipale. Et les élus actuels, même s’ils sont en faveur, ne devraient pas précipiter l’adoption, surtout pour un projet de cette envergure. Un projet qui n’est pas « leur » projet.

Surtout que lundi, avec un conseiller absent, deux conseillers en faveur et deux conseillers en opposition, c’est le maire qui a dû trancher. La prudence aurait dû dicter un report de la décision.

Finalement, le deuxième point est l’aspect démocratique. Maintenant que la modification de zonage est acceptée, la prochaine étape pourrait être la tenue d’un registre pour demander un référendum. Au moment d’écrire ces lignes, nous ne savions pas qui pourrait demander la tenue d’un registre. On sait que seuls quelques voisins qui vivent près du secteur, notamment sur le chemin des Patriotes, pourront se prononcer. Parmi ces voisins, on trouve probablement les promoteurs impliqués dans le projet! On confie donc cette grosse décision non pas à l’ensemble de la ville, mais à une poignée de résidents.

Je répète : je n’ai rien contre le projet. Mais le principe de prudence devrait être appliqué ici.

[Note de la rédaction : l’avis public est maintenant disponible ici.]

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