16 février 2022
Mont-Saint-Hilaire
L’idée d’un uniforme à Ozias-Leduc déplaît
Par: Denis Bélanger

L’école secondaire Ozias-Leduc de Mont-Saint-Hilaire envisage d’imposer un uniforme aux élèves dès la prochaine rentrée scolaire. Un sondage a été envoyé récemment aux parents et aux élèves. La direction assure que le résultat de la démarche consultative déterminera la suite des choses. Cette possible mesure est toutefois dénoncée par plusieurs parents et élèves.

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L’idée d’un uniforme germe dans l’esprit du personnel de l’école depuis un bon moment déjà. Le sujet a notamment été discuté et avancé lors d’une assemblée du conseil d’établissement tenue en octobre dernier.

L’un des motifs évoqués pour la mise en place d’un uniforme est le renforcement de la sécurité des élèves. Au cours des dernières années, la direction a constaté la présence sur le terrain de plusieurs jeunes ne fréquentant pas l’école. Certains de ces visiteurs seraient entrés dans l’établissement d’enseignement. L’imposition d’un uniforme permettrait au personnel de mieux identifier les intrus.

« Ce phénomène s’est accentué ces dernières années. Nous ne sommes pas les seuls à vivre cette situation. Évidemment, quand il fait beau et que les jeunes sortent et ne portent pas de manteau, l’uniforme serait visible », fait remarquer la directrice Louise Létourneau.

Tous les jeunes de l’école possèdent une carte étudiante. Mais cet outil n’est pas suffisant et optimal pour départager les élèves des visiteurs, de l’avis de Mme Létourneau. « La problématique se vit dehors et les jeunes ne traînent pas nécessairement leur carte avec eux dehors. »

De plus, le personnel de l’école dit avoir dû multiplier les interventions auprès des élèves en raison de styles vestimentaires ne correspondant pas « aux valeurs éducatives » ainsi que du laisser-aller du respect du code vestimentaire de l’école.

La direction n’a pas encore arrêté son idée sur la forme que prendrait l’uniforme, que ce soit un demi-uniforme avec polo seulement ou un ensemble complet. Si l’école va de l’avant avec l’uniforme, le comité d’élèves aura à se prononcer sur quelques questions, dont le type de vêtements offert. Les parents et les élèves ont jusqu’au 18 février pour répondre au sondage, qui se fait de façon anonyme. Notons que le sondage peut être rempli par n’importe quelle personne qui obtient un lien. Le journaliste a d’ailleurs pu répondre aux deux questions, en cochant la case « aucun avis ». « C’est un exercice démocratique. Si l’idée est rejetée, nous n’irons pas de l’avant », réitère Louise Létourneau.

Le présent code vestimentaire interdit tout vêtement véhiculant une image de violence, de racisme, de sexisme, associée à la drogue ou à l’alcool de même que les vêtements indécents. Ce dernier qualificatif est défini dans les documents de l’école comme étant tout ce qui ne respecte pas les convenances en matière sexuelle et qui dérange la pudeur. Les élèves doivent aussi être vêtus minimalement des épaules jusqu’à la mi-cuisse. Le ventre doit être couvert. Les jeunes peuvent porter un haut sans manche, mais les bretelles doivent être larges.

Une décision critiquée

Des parents et des jeunes ont contacté L’Œil Régional pour critiquer cette possible mesure. La mère de famille Anne Lebrun milite activement contre l’uniforme depuis un certain temps déjà. Elle avait même exprimé son opposition au conseil d’établissement. Elle déplore le texte de présentation du sondage de l’école qui ne présente que deux arguments évoqués – liberté d’expression et coûts rattachés – pour rejeter l’uniforme.

« J’avais pourtant évoqué plusieurs aspects dont le stress, la construction identitaire et le besoin d’individualisation des jeunes, l’uniformisation de l’apparence, l’idée d’aller à l’école publique correspondant à ne pas porter un uniforme, la situation de vulnérabilité de plusieurs familles qui sera accentuée dû à l’achat de vêtements, etc., énumère Mme Lebrun. Je suis encore plus fâchée, car je trouve qu’il est inadmissible d’imposer le port d’un uniforme à tous pour quelques situations d’intrusion qui ont été relevées et celles-ci vont encore se produire malgré le port d’un uniforme; cela ne va pas empêcher ce type de situation. Au contraire, je crois que la vigilance des membres de l’équipe-école va baisser et que des incidents plus dommageables vont se produire, car ils se croiront à l’abri. »

Une autre mère, Diane Falardeau, estime que l’école a d’autres chats à fouetter que d’imposer l’uniforme alors que la pandémie a eu des impacts sur les résultats scolaires des enfants. « Les enfants sont obligés depuis deux ans de se conformer à des règles, que ce soit le port du masque ou le passeport vaccinal. Ils sont tannés. Là, on viendrait leur ajouter une autre règle. Il ne faut pas négliger les impacts économiques de la crise sanitaire. L’ajout d’un achat d’uniforme pourrait être énorme sur le plan financier pour certaines familles. »

Anne Lebrun aborde aussi le contexte de la pandémie qui pèse lourdement sur le moral des jeunes.

« Ils veulent retirer aux jeunes le seul élément sur lequel ils ont du pouvoir : comment je m’habille pour bien vivre ma journée à l’école : avec un masque en tout temps, sans parascolaire (ou qui joue au yoyo), sans voyage, sans sorties de groupe, sans moments plus relax et le fait que l’école est en surpopulation! Les jeunes sont toujours sur le qui-vive. Ils sont supposés être en gang, s’amuser, mais leur vie d’ados n’existe plus depuis le début de la pandémie. »

Un ancien élève qui fréquentait l’école l’an dernier a tenu aussi à dénoncer la mesure. « Notre tenue vestimentaire est un moyen d’expression qui nous permet de définir notre personnalité. J’ai vu des élèves l’an dernier être victimes d’abus ou de discrimination de la part du personnel en lien avec leur tenue vestimentaire », commente Sao Spiriti.

Plusieurs des contestataires ont même l’impression que les dés sont pipés d’avance et que l’école ira de l’avant, peu importe le résultat. Ils estiment même que le sondage est biaisé dans la formulation de certaines questions, ce que dément la direction.

Pas une première sur le territoire

Pour l’instant, selon le Centre de services scolaire des Patriotes, cinq écoles secondaires imposent un uniforme. Trois de ces écoles imposent un demi-uniforme (polo) et deux, De Mortagne, à Boucherville, et du Grand-Coteau, à Sainte-Julie, exigent l’uniforme complet. La direction du Grand-Coteau fait toutefois le processus inverse à Ozias-Leduc en finalisant une consultation publique pour le retrait de l’uniforme dès l’année scolaire 2022-2023.

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