11 octobre 2023 - 07:00
Northvolt rencontre les citoyens
Par: Vincent Guilbault
Le directeur des affaires publiques pour Northvolt en Amérique du nord, Laurent Therrien.
Photo Vincent Guilbault

Le directeur des affaires publiques pour Northvolt en Amérique du nord, Laurent Therrien. Photo Vincent Guilbault

L’entreprise Northvolt a tenu deux séances d’information sous forme de foires aux questions avec kiosques, à McMasterville et à Saint-Basile-le-Grand, les 4 et 5 octobre derniers. Si l’exercice a permis de mieux comprendre les procédés de l’usine Northvolt Six qui sera construite, la formule choisie a reçu un accueil mitigé.

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Pendant la soirée du 4 octobre, le directeur des affaires publiques pour Northvolt en Amérique du Nord, Laurent Therrien, s’est surtout voulu rassurant sur toutes les questions touchant l’environnement, notamment sur le recours à l’eau de la rivière Richelieu. « Oui, nous allons prendre l’eau de la rivière, mais pour le refroidissement en général. Et on ramène l’eau à sa température dans des bassins et on la retourne dans la rivière dans son état initial. »

Il souligne toutefois qu’une portion de l’eau sera utilisée pour nettoyer certains minéraux. Cette eau est prise, puis filtrée à même l’usine et elle reste en circuit fermée dans l’usine. « L’eau qui a touché aux produits ne sera jamais retournée dans la rivière. »

M. Therrien a aussi assuré que l’usine sera très peu bruyante, comme ont pu le constater les élus de Saint-Basile-le-Grand et McMasterville lors de leur passage en Norvège il y a quelques semaines pour visiter une usine semblable. Le complexe qui sera construit dans la région n’est pas « tant une usine qu’une installation de haute technologie », illustre M. Therrien.

Pas de BAPE

Quelques citoyens ont profité de l’occasion pour soulever leur inquiétude puisque le projet de l’usine Northvolt Six ne devrait pas être soumis à un BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement).

Radio-Canada nous apprenait la semaine dernière que le gouvernement Legault avait modifié en février dernier le seuil pour déclencher un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour la fabrication de cathodes, qui est passée de 50 000 à 60 000 tonnes. La future usine en produira 56 000.

Questionné sur le sujet, M. Therrien a souligné que Northvolt allait respecter toutes les lois québécoises et qu’elle ne demanderait aucun passe-droit. « C’est la prérogative du gouvernement de décider [pour la tenue d’un BAPE]. Notre compréhension, c’est qu’on se situe sous les seuils. Mais ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’évaluation environnementale de notre projet. Des fonctionnaires, en ce moment, des dizaines, voire des centaines, scrutent notre projet à la loupe. On ne va se substituer à aucune loi en matière environnementale. Au contraire, on veut fabriquer la batterie la plus verte au monde. »

Transports

La hausse de la circulation est une crainte maintes fois nommée par les résidents de McMasterville. Pendant la phase la plus élevée de construction, l’entreprise estime qu’environ 100 à 150 camions circuleront sur la 116, ce qui représente moins de 1 % des 24 000 déplacements par jour sur cette route, selon les chiffres de 2018.

Une fois l’usine construite, l’acheminement des matériaux devrait se faire principalement par train.

Laurent Terrien a voulu aussi se faire rassurant pour les résidents de McMasterville qui sont situés les plus près du projet. « On est conscients de la situation géographique de sorte qu’il y a des résidences d’un côté plus près que dans l’autre municipalité. On développe le projet sur la base du terrain. Évidemment, on ne va pas aller mettre notre bâtiment le plus élevé à côté des résidences. On a pensé l’ensemble du projet pour qu’il respecte les citoyens, nos voisins autour. Les gens peuvent être rassurés. »

Pour opérer une usine sur la partie se trouvant à McMasterville, une modification du zonage sera nécessaire, et les citoyens pourraient s’y opposer. Pour le moment, l’entreprise ne s’en formalise pas. « On ne souhaite pas [l’opposition]. On verra en temps et lieu pour savoir si on pourra utiliser la portion sur McMasterville. Mais une opposition implique une vaste montée des citoyens contre notre projet et honnêtement, ce n’est pas l’écho qu’on reçoit de la population. L’écho est quand même positif. »

L’entreprise s’engage aussi à respecter le terrain le plus possible, notamment en respectant les zones inondables, les milieux humides et la zone de passages pour certaines espèces d’oiseaux protégées comme l’hirondelle de rivage et le petit blongios. Aucune construction n’est prévue sur la zone inondable ou contaminée. « Si on doit le faire, on va décontaminer l’ensemble. Et si nous sommes incapables de déjouer tous les milieux humides, nous avons l’obligation de les compenser en en créant d’autres ou financièrement. »

Kiosques

C’est sous la forme de quelques kiosques d’information que l’entreprise a reçu plus de 200 citoyens lors de la rencontre du 4 octobre qui s’est tenue à McMasterville, entre les murs de l’École d’éducation internationale. Questionnés par L’ŒIL, certains résidents se sont dits satisfaits de la rencontre et enthousiastes devant la venue de l’usine. Une bonne partie aurait préféré une autre formule, comme une assemblée publique, afin de mieux faire valoir leurs inquiétudes.

Le citoyen de McMasterville François Cousineau et sa sœur Geneviève, qui ont instigué une pétition de 939 noms contre la venue de l’usine, n’ont pas été totalement convaincus par l’exercice. Ils ont encore aujourd’hui beaucoup de craintes, surtout en raison de l’absence d’un BAPE. « On veut une analyse de risques systémiques faite par une firme externe et non que Northvolt nous dise que ça va aller bien, ne vous inquiétez pas. »

De son côté l’entreprise s’est dit heureuse d’avoir pu aller à la rencontre des citoyens de McMasterville et de Saint-Basile-le-Grand une première fois. « Nous avons rencontré des gens enthousiastes à l’idée de participer à ce grand projet, et sommes heureux de l’accueil que nous avons reçu. Nos représentants ont également pu répondre aux questions tout à fait légitimes des citoyens quant à l’impact que notre arrivée aura sur la région. C’est le début d’une conversation qui se poursuivra assurément » a souligné Laurent Therrien. 

 

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