7 octobre 2024 - 05:00
Petite intolérance décomplexée
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Je ne savais pas trop comment le formuler, comment parler du « petit » racisme quotidien. Pas dans les gestes; souvent juste dans les mots. Ce sont des « races », des « colorés ». J’entends souvent des phrases maladroites comme « y en a plus qu’avant, me semble? ».

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Depuis quelques semaines, je ressens à nouveau ce malaise, cette petite démangeaison qui s’intensifie à chaque fois que le sujet de l’immigration ou de la francisation refait surface. Les récents propos de François Legault sur le nombre de demandeurs d’asile et le gouvernement de Justin Trudeau, qui semble avoir perdu toute crédibilité en matière d’immigration aux yeux du public, semblent avoir un impact sur notre perception de l’autre, même jusque dans notre région. On dirait que certains commentaires deviennent soudain plus acceptables. Ce n’est pas dans les gestes, mais dans les mots que le petit racisme se glisse.

Je me souviens avoir déjà abordé ce sujet dans cette même colonne, à plusieurs reprises. Cet espèce de racisme pernicieux dans le vocabulaire.

Ce n’est pas uniquement une question d’immigration ou de francisation. Ça va plus loin. Le climat social a changé. On dirait que les gens, surtout dans leurs petites bulles créées sur les réseaux sociaux, se permettent de dire des énormités, puis oublient, une fois en public, que ce genre de discours n’a pas sa place. Le racisme est une chose, mais on l’entend beaucoup aussi en lien avec la réalité des personnes trans. Combien de fois dans un mois je peux entendre que « les hommes ou les femmes n’existent plus », que tout est rendu « woke » dès qu’on parle d’un sujet un peu progressiste.

Et là, François Legault, avec son discours sur l’échec de l’intégration, n’aide pas la situation. Ce qu’il dit n’est pas, à première vue, raciste. Clairement, les programmes actuels ne suffisent pas à bien intégrer tous les demandeurs d’asile. Mais il y a une nuance à saisir ici. Quand il parle de chiffres, d’échecs, de responsabilités du fédéral, il ouvre la porte à un discours plus large, plus pernicieux. Il valide, indirectement, cette idée que l’immigration est un problème à régler, que les demandeurs d’asile sont un problème. Et cela donne une sorte de… caution morale à ceux qui, dans leur quotidien, laissent glisser des propos de plus en plus intolérants.

Je ne suis pas naïf. Je sais que les questions de l’immigration, des travailleurs temporaires, des demandeurs d’asile et tout ce qui touche à l’ouverture de nos frontières sont des sujets extrêmement complexes qui dépassent la simple question de l’intolérance. Mais j’attends de nos dirigeants qu’ils traitent ces sujets avec sérieux, avec gravité. On ne peut pas se permettre de légitimer, même involontairement, des discours intolérants.

Ce que je demande, c’est de ne pas oublier qu’il y a des êtres humains derrière chaque chiffre. Et ce qu’on peut faire, nous, dans le quotidien, c’est peut-être juste de surveiller notre langage.

Précision

Dans les textes « Une campagne d’information qui sème la controverse » et l’éditorial « À un logo près », publiés respectivement en pages 4 et 8, il aurait fallu lire que le montant du dépliant était d’environ 7000 $. Le texte laissait entendre que le montant de 10 000 $ remboursé aux élus municipaux concernait seulement l’impression et la distribution du dépliant.

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