23 mars 2022
Projet pilote dans nos écoles
Repousser les limites de l’orthophonie grâce à l’informatique
Par: Vincent Guilbault
L’orthophoniste Kathleen Roy.Photo gracieuseté

L’orthophoniste Kathleen Roy.Photo gracieuseté

La pandémie aura poussé l’orthophoniste Kathleen Roy à offrir ses services en ligne pour les écoles du Centre de services scolaire des Patriotes (CSSP). Maintenant de retour en présentiel, la professionnelle continue d’offrir des services numériques à distance dans le cadre d’un projet pilote qu’elle a mis sur pied.

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Une journée par semaine, Mme Roy rencontre à distance des élèves provenant de huit écoles du territoire qui ne profitent pas de la présence sur place d’une orthophoniste. « Je n’ai pas à me déplacer; en un clic, je passe d’une école à l’autre. Je peux réaliser les évaluations avec les jeunes ou faire des suivis selon leurs besoins. Ça me permet aussi d’offrir du soutien aux enseignants ou aux directions et d’offrir des services à beaucoup plus de jeunes. Sans l’informatique, certains de ces jeunes n’auraient pas eu de service. »

Les demandes de services sont acheminées à Mme Roy par les directions d’école, via un guichet unique. L’orthophoniste peut ensuite traiter ces demandes au fur et à mesure, en établissant une liste de priorités.

Pandémie oblige
Kathleen Roy souligne qu’elle n’a pas inventé le travail à distance dans son métier. « C’est une technique qui a déjà fait ses preuves et qui existe depuis déjà un bon moment, dit-elle. Quand j’étais étudiante, une professeur offrait des services pour le bégaiement à des jeunes de Matane grâce à la télépratique; ça ne date pas d’hier! C’est juste que c’est un peu mort dans l’œuf avec le temps et la pandémie a fait remonter cette pratique à la surface. »

Mme Roy utilise donc des plateformes informatiques qui proposent des exercices en ligne et reçoit le soutien du service informatique du Centre de services. D’où l’importance d’avoir un milieu qui collabore, avec le soutien du personnel – notamment les techniciennes en éducation spécialisée – et du CSSP, souligne-t-elle.

Même si le projet pilote a officiellement débuté en août dernier, Mme Roy peut se baser sur les résultats de son année scolaire 2020-2021, réalisée en bonne partie à distance. Et les résultats montrent l’efficacité de la méthode, pense-t-elle. « Presque tout peut se faire de cette façon, sauf quelques exceptions, comme notamment de placer un bâton sur une langue ou d’aller dans la bouche avec un gant pour réaliser des manipulations. Mais c’est peu. »

Selon elle, en appliquant cette méthode, le travail de l’orthophoniste scolaire pourrait se faire en mode hybride, avec environ 70 % des tâches à distance, et seulement 30 % en présentiel, ou même 80 % et 20 %. « Ça ne peut pas tout remplacer, mais c’est un service complémentaire très efficace qui offre beaucoup de souplesse. Grâce à l’informatique, on peut rencontrer le jeune dans son milieu de vie ou encore le parent à distance. Ça offre des services et du soutien à plus de gens. »

Plaidoyer pour étendre le service
Pour l’orthophoniste, difficile de revenir en arrière, même avec l’annonce de la fin des mesures sanitaires. « Ça a révolutionné ma pratique. Je gagne du temps. Les exercices sont déjà disponibles sur les plateformes. Ça me permet aussi d’offrir des exercices ciblés et spécifiques et d’assurer un meilleur suivi; c’est mieux que le papier-crayon. Je peux mieux cibler ce qui est raté dans un exercice et ainsi offrir un bon feedback aux élèves. Un an plus tard, je peux dire que c’est très concluant. » Surtout, dit-elle, que les jeunes sont très « réceptifs » à la méthode, eux qui sont très à l’aise avec les écrans.

Pour Kathleen Roy, cette méthode hybride doit devenir un incontournable dans le travail des orthophonistes en milieu scolaire. « Je pense que ça doit être offert dans chaque centre de services. Il y aura toujours des écoles qui ne pourront pas offrir de service [d’orthophonie], qui ne seront pas desservies ou des gens sur le plancher qui auront besoin de soutien. » Elle souligne que des écoles dans des régions plus éloignées, comme dans le nord du Québec, pourraient vraiment bénéficier de ce type de service.

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