16 novembre 2022
Roman Chaîne de glace
Retour dans le Grand Nord québécois pour Isabelle Lafortune
Par: Olivier Dénommée
La Belœilloise Isabelle Lafortune a fait paraître tout récemment son deuxième roman, Chaîne de glace, la suite attendue du polar Terminal Grand Nord paru en 2019. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

La Belœilloise Isabelle Lafortune a fait paraître tout récemment son deuxième roman, Chaîne de glace, la suite attendue du polar Terminal Grand Nord paru en 2019. Photo François Larivière | L’Œil Régional ©

Plus de trois ans et demi après la sortie de son premier roman, le polar Terminal Grand Nord qui a joui d’une belle visibilité et d’une réception très positive, la résidente de Belœil Isabelle Lafortune récidive avec la suite Chaîne de glace, dont l’intrigue se passe une fois de plus sur la Côte-Nord. L’autrice a rencontré L’ŒIL pour en discuter.
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Le plan, en écrivant son premier livre, n’était pas d’écrire une suite, mais Isabelle Lafortune reconnaît que ses « personnages avaient encore des choses à dire » à l’issue de Terminal Grand Nord et qu’il y avait encore des problèmes à régler dans cette région reculée du Québec. Elle redonne donc vie à l’enquêteur Émile Morin, à son acolyte Giovanni et à Sam, l’« Innu philosophe ». Sept ans après les événements survenus à Schefferville dans le premier livre, Émile a le mandat d’enquêter sur les magouilles dans le nord du Québec, mais n’arrive pas à des résultats probants. Alors qu’il va visiter sa fille à Havre-Saint-Pierre, on apprend qu’un ressortissant chinois est retrouvé assassiné à la centrale Romaine-1. « J’ai laissé des petits fils traîner à la fin du premier livre. J’ai tiré sur le fil et ça donne un roman de 450 pages où j’explore encore davantage ce qui se passe dans le nord et les enjeux territoriaux! », explique Isabelle Lafortune.

« Au début du livre, on apprend que Sam est enlevé et séquestré. Sa grande passion est Spinoza et je me suis amusée à mettre à l’épreuve sa philosophie dans le roman », commente l’autrice, qui incorpore des citations de Baruch Spinoza un peu partout à travers le polar et qui met en pratique sa théorie du déterminisme. « Ce n’est pas grave si on ne connaît pas sa philosophie, ça reste du bonbon à lire », ajoute-t-elle au sujet de ce thème important de Chaîne de glace. Des théories du complot font aussi partie de cet imposant polar.

Le roman permet aussi de découvrir de nouveaux personnages, dont celui de Camille Labelle. « C’est une enquêtrice à qui on n’en passe pas une vite! Elle est rough, assez rude, mais incorruptible. Elle aime argumenter et n’est pas dans les états d’âme, mais des événements vont montrer qu’elle a aussi du cœur », commente l’autrice à son sujet.

Isabelle Lafortune confirme au passage qu’elle a consacré autant d’énergie à s’intéresser aux motivations de chaque personnage du livre pour qu’ils soient le plus réaliste possible. « C’est important pour moi de donner une voix aux personnes. Chacun a sa personnalité, sa quête, un désir suprême. […] Je ne pensais pas m’amuser à ce point avec ces personnages. Je les aime tous, même les moins fins de l’histoire! En fait, il faut encore plus aimer les méchants pour arriver à comprendre leurs motivations! »

Et, même si son deuxième roman est plus volumineux que le premier, l’autrice estime qu’il n’a pas de temps morts. « Avec mon éditrice, on a questionné chaque paragraphe, on les a challengés pour que tout soit le plus crédible possible. Je n’ai pas eu peur de couper des pages au besoin. » Ceux qui ont apprécié le style « brut et rapide » du premier livre retrouveront encore cette façon d’écrire dans Chaîne de glace, assure-t-elle.

Le nord, sujet d’actualité

L’intérêt de la Belœilloise pour le Grand Nord québécois remonte à l’époque où elle a vécu à Schefferville, ce qui lui a permis de voir une communauté coupée du reste du monde et où les règles ne semblent pas s’appliquer. Dans le cadre de son projet d’écriture, elle y est retournée pour poursuivre ses recherches. « Je remercie le Conseil des arts de m’avoir permis d’aller sur le terrain. Sans cette subvention, je pense que ça n’aurait pas donné le même livre parce qu’elle m’a permis de me consacrer entièrement à ce projet. » Selon elle, Chaîne de glace a été écrit en une année intensive où elle a consacré de 60 à 75 heures de travail chaque semaine.

Elle reconnaît que Terminal Grand Nord était sorti pile au bon moment, alors que les gens commençaient à s’intéresser à ce qui se passe dans le nord de la province, et espère continuer de susciter la curiosité des lecteurs avec ce qui s’y passe dans Chaîne de glace. « J’ai l’impression d’être allée encore plus loin dans celui-ci. Cette région m’a parlé et j’ai trouvé le véhicule du polar pour traiter de sa réalité. Depuis l’époque de Terminal Grand Nord, les gens sont conscientisés. J’ajoute donc une nouvelle couche avec celui-ci. Ça reste un roman avec des événements fictifs, mais il y a des enjeux réels dans l’intrigue, des enjeux qui sont essentiels pour l’avenir du Québec », insiste-t-elle.

Malgré sa fierté de voir ce nouveau livre apparaître en librairie, elle ne pouvait pas s’empêcher de ressentir un petit stress de ne pas savoir s’il sera aussi bien reçu que le précédent. « Je sais que les gens l’attendaient, alors ça me stresse un peu! » Et maintenant qu’il est trop tard pour changer le contenu du livre, Isabelle Lafortune avoue être « titillée » à nouveau par ses personnages, qui ont encore envie de parler. « Une autre suite n’était pas prévue, alors je n’ai pas de plan précis, mais j’ai quelques petits flashs », lance-t-elle.

Un jour à l’écran?

Lors de l’entrevue avec L’ŒIL en 2019, Isabelle Lafortune parlait déjà d’un projet de transposer Terminal Grand Nord au cinéma. Le projet est toujours dans les cartons, même s’il prend énormément de temps, notamment pour obtenir les subventions nécessaires à la réalisation du film. La Belœilloise commente aussi qu’elle travaille sur un projet qu’elle espère un jour voir se concrétiser à la télé, un projet qui n’a toutefois rien à voir avec un polar, précise-t-elle, sans être en mesure de fournir plus de détails.

Le roman noir Chaîne de glace est en librairie depuis le 9 novembre. L’autrice participe au Salon du livre de Montréal, tenu au Palais des congrès, au kiosque de son éditeur XYZ à différents moments du 24 novembre au 27 novembre, en plus de participer à la table ronde « Brouillard entre fiction et réalité », en compagnie de Jocelyne Cazin et de Catherine Lafrance.

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