17 novembre 2021
Très peu de temps
Par: Vincent Guilbault

La volonté de réduire la vitesse sur la rivière Richelieu n’est pas nouvelle. Mais depuis quelques semaines, cette volonté devient de plus en plus une réalité et il est minuit moins une pour l’imposition d’une limite de 10 km/h sur la rivière et la fin du wakeboard sur un tronçon de 20 km.

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Le secteur visé de la rivière, qui longe les villages de Saint-Antoine, Saint-Denis, Saint-Charles et Saint-Marc-sur-Richelieu, n’est pas banal. C’est un secteur névralgique pour les plaisanciers, notamment en raison des écluses à Saint-Ours.

Et ce n’est que le début. Même s’il s’agit d’un « petit » 20 km, les députés du Bloc québécois ont déjà ouvert un peu la porte à discuter de vitesse sur le reste de la rivière.

Et c’est ce que craignent les gens de l’industrie et les propriétaires de bateaux riverains de la rivière : que l’imposition d’une limite entre Saint-Marc et Saint-Antoine déplace certains problèmes bien connus (wakeboard, vitesse, etc.) sur une autre section de la rivière, notamment entre Mont-Saint-Hilaire et Chambly, et que ces irritants finissent par déranger aussi les gens du secteur. Déjà, plusieurs gens d’affaires avaient milité il y a quelques années pour installer des bouées entre Belœil et Mont-Saint-Hilaire afin de « forcer » une réduction de vitesse naturelle pour rendre les terrasses du secteur plus agréables. Alors, si les amateurs de vitesse et de wakeboard se massent à cet endroit, ça ne sera pas long avant que l’idée d’une limite de vitesse dans le secteur s’impose. Déjà, lundi soir, les nouveaux élus de Mont-Saint-Hilaire ont souligné leur intérêt à appuyer les villages riverains dans l’imposition de la limite de vitesse sur le Richelieu. Ça ne veut pas dire que les élus accepteraient que la limite soit imposée sur la rivière lorsqu’elle traverse Mont-Saint-Hilaire, mais si j’étais propriétaire d’un bateau, je commencerais à penser que mon temps est compté.

C’est donc presque inévitable que le gouvernement fédéral aille de l’avant, comme le rapportait dernièrement dans nos pages le député fédéral Xavier Barsalou-Duval. Cette semaine encore, nous publions une lettre des représentants de plusieurs organismes en faveur d’une limite de vitesse qui demandent aux élus de « tenir tête au lobby nautique ». Je comprends leur point : ils militent depuis longtemps pour cette réduction de vitesse et la route a été longue. Le député Barsalou-Duval, qui pilotait le dossier, m’a avoué avoir été étonné que le processus se rende à terme, en raison des nombreuses embûches.

Maintenant, je nuancerais la position des signataires de la lettre publiée ici. Je crois que de « tenir tête » n’est pas nécessairement la meilleure option. Sinon, nous nous retrouverons encore avec de la division, qu’elle soit entre élus, écologistes, plaisanciers, riverains, amateurs de nautisme avec ou sans moteur, etc.

Dans une entrevue, Patrick Picard, de la Marina St-Mathias, se montrait ouvert à la discussion, un peu au nom des propriétaires de marinas. Il reconnaissait les problèmes et donnait en partie raison à certains partisans de la limite de vitesse. Les amateurs de vitesse font mal à l’image du nautisme et c’est à eux qu’il faut s’en prendre, pense-t-il. Peut-être.

Personnellement, je pense qu’il est encore souhaitable à ce stade très avancé du processus de forcer des rencontres, si ce n’est que pour calmer les esprits. Sinon, nous en parlerons encore longtemps. Et le ton du débat risque seulement de s’envenimer. Je le sens déjà dans les courriels que je reçois.

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