11 mai 2022
Trois élus gais partagent leur regard sur la lutte contre l’homophobie
Par: Denis Bélanger
Christine Imbeau Photothèque | L’Œil Régional ©

Christine Imbeau Photothèque | L’Œil Régional ©

Gaston Meilleur Photothèque | L’Œil Régional ©

Gaston Meilleur Photothèque | L’Œil Régional ©

Jean-Marc Bousquet Photothèque | L’Œil Régional ©

Jean-Marc Bousquet Photothèque | L’Œil Régional ©

Plusieurs municipalités de la région souligneront la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai prochain. Pour l’occasion, L’Œil Régional a rencontré le maire de Saint-Denis-sur-Richelieu, Jean-Marc Bousquet, le conseiller municipal de Mont-Saint-Hilaire Gaston Meilleur et l’ancienne élue hilairemontaise Christine Imbeau. Ces trois membres de la communauté des lesbiennes, gays, bisexuels, trans et queer (LGBTQ+) avancent qu’une journée comme celle-là a encore sa place en 2022 malgré les gains obtenus au fil des années.
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« C’est peut-être utopique pour ma part de penser ainsi, mais j’aimerais ce que ce genre de journée, au même titre que le mois de la culture des noirs, ne soit plus nécessaire et que nous soyons une société où ce genre de questions ne se pose pas, souligne Gaston Meilleur, qui a été élu conseiller du district 2 à Mont-Saint-Hilaire aux dernières élections. Mais, inversement, nous avons un devoir de mémoire pour ne pas répéter les erreurs du passé. »

De son côté, Jean-Marc Bousquet avance que cette journée permet de prendre conscience que l’homosexualité existe et que c’est tout à fait normal. « Il faut encore arrêter de dire certains mots. Je suis allergique au terme tolérance. On ne dit pas que je tolère que tu sois hétérosexuel. C’est le mot acceptation qu’il faut utiliser », renchérit celui qui a élu maire de sa municipalité le 7 novembre dernier.

Il reste encore des gains à faire de l’avis de Christine Imbeau, qui a siégé au conseil municipal de Mont-Saint-Hilaire de 2017 à 2020. « Nous ne devrions plus avoir à parler d’inclusion, mais plutôt considérer que chacun d’entre nous fait partie intégrante de notre société, peu importe son orientation. »

Les gains obtenus peuvent même être fragiles, de l’avis de M. Meilleur. « Depuis plusieurs années, nous voyons un vent qui souffle vers la droite. Il faut se rappeler que les gains sont si fragiles et on le voit clairement avec le débat sur l’avortement. Nous sommes dans un contexte d’individualisation de la société où la notion du vivre ensemble est souvent oubliée. »

Pas un enjeu dans la région

Âgé dans la fin soixante, M. Bousquet a connu les grandes périodes de discrimination et de revendications des années 1970 et 1980. « J’étais enseignant au primaire et je trouvais particulière l’attitude des parents quand ils apprenaient mon orientation sexuelle. Ils avaient peur pour leur enfant, puisqu’ils faisaient un lien direct entre l’homosexualité et la pédophilie, ce qui est un non-sens. » Originaire de Saint-Denis-sur-Richelieu, il a choisi conséquemment de demeurer plusieurs années à Montréal. « Ça me permettait d’être ce que je suis sans avoir à subir une pression sociale. »

Maintenant, le contexte est fort différent, dit-il. Son orientation sexuelle n’a eu aucun impact sur sa vie politique, comme témoigne sa victoire convaincante au scrutin avec 78,4 % des voix.

Gaston Meilleur ajoute n’avoir jamais senti dans son porte-à-porte que cela pouvait avoir un impact sur le choix des gens. « Je suis chanceux, je n’ai jamais vraiment été victime d’homophobie. »

De son côté, Christine Imbeau affirme elle aussi n’avoir jamais subi de geste homophobe. Lorsqu’elle a annoncé sa candidature aux élections de 2017 au sein de l’équipe du maire de l’époque, elle a souligné publiquement le soutien de sa conjointe. Elle a senti une réaction chez certaines personnes présentes dans l’assistance. « L’intégrité est une valeur importante à mes yeux. Souvent, le dire haut et fort suscite une réaction chez les gens. Mais, pour moi, c’est exactement comme si je disais que j’étais hétérosexuelle, il n’y a aucune différence à mes yeux. J’ai eu connaissance que ç’a eu un effet, mais je ne m’arrête pas à ça. Le porte-à-porte a été une expérience très enrichissante et en grande partie agréable. J’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs belles personnes. »

Prendre sa place

Ces trois intervenants ont été invités à conclure leur entrevue avec un conseil aux personnes LGBTQ+ encore hésitantes de s’afficher ouvertement. « Vis ce tu as à vivre. Tu as la place que tu as bien voulu prendre dans la vie. N’attends pas après les autres pour le faire à ta place », soutient Jean-Marc Bousquet. Christine Imbeau lance un message similaire. « Tous les jours, les gens font face à des préjugés de toutes parts. Pourquoi s’empêcher de s’impliquer pour ce type d’opinions préconçues ? Si vous avez envie de participer, lancez-vous! »

Pour sa part, Gaston Meilleur insiste sur la nécessité d’être complètement à l’aise de le faire. « Il ne faut pas se sentir obligé de le faire. Soyons réalistes, quand c’est fait, il n’y a pas de retour en arrière. Moi, on pose la question, et je réponds honnêtement, c’est tout. »

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