6 avril 2022
Un grand geste
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Lorsque l’on critique les médias de ne pas parler assez de nouvelles internationales, je répète souvent que c’est parce que ça ne nous intéresse pas tant comme lecteur. Rien d’anormal; nous sommes touchés et concernés par notre environnement immédiat, par notre région. Par notre réalité.

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Un peu comme la guerre en Ukraine. Notre pays ne semble pas s’enligner pour déployer de troupes au sol. Le Canada participe à l’effort de guerre par des moyens plutôt abstraits pour le commun des mortels, moi le premier. Saisir des actifs financiers ou mettre de la pression sur le milieu d’affaires russe, ça n’a aucune influence directe sur mon chèque de paye ou le déneigement de ma rue. Peut-être un peu sur l’essence, mais bon, nous sommes à la merci du prix de l’essence depuis toujours, il me semble.

Ce n’est pas pour dire que la situation ne me préoccupe pas. J’ai vu moi aussi les images écœurantes du massacre de Boutcha, où plus de 400 civils auraient été tués dans cette ville de banlieue. J’ai aussi entendu à la radio la découverte de corps d’enfants. J’avais envie de crier dans le char et de prendre les armes. Mais je suis arrivé à l’école pour les enfants, et la routine, c’est-à-dire les devoirs, le souper, le boulot de rattrapage et lavage, a pris le dessus. Épuisé de ma journée, avec la manette de Xbox en mains lundi soir, je n’avais plus l’énergie pour aller me battre en Ukraine.

C’est peut-être pour ça que l’histoire de Darina, qui doit débarquer au pays dans une famille de Belœil, me touche peut-être un peu plus. Ça se passe ici, tout près. J’espère qu’elle vous touchera aussi, comme elle a déjà touché de nombreuses personnes. Il faut dire que nous ne sommes pas le premier média à rapporter le geste généreux de la famille Hamelin-Houle.

En me montrant les photos de Darina, de sa fille et de son mari, que nous savons quelque part au front, Rosalie Hamelin m’a ouvert un peu plus les yeux à l’horreur. Pas seulement l’horreur graphique de la violence atroce ou des cadavres qui jonchent le sol, mais aussi celle du quotidien d’une vie de guerre. Peur de manquer de nourriture, de ne pas revoir sa famille, de ne pas revoir sa maison. Inquiet de ne pas savoir si une certaine normalité se pointera le nez dans quelques jours, dans quelques semaines, dans quelques années.

Ou même jamais…

Difficile donc de ne pas être touché par le grand geste de Rosalie Hamelin et de sa famille. Ce n’est pas pour rien non plus que les gens ont été généreux avec elle en lui remettant jouets et vêtements pour bien accueillir Darina et sa jeune fille de 2 ans. Et maintenant, il ne reste plus qu’à attendre. C’est sûrement le plus difficile.

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