23 mars 2022
Un peu de surveillance
Par: Vincent Guilbault
Vincent Guilbault

Vincent Guilbault

Ce n’est peut-être pas grand-chose. Deux petites caméras pour les inspecteurs municipaux. Pour contrer la violence envers les employés de la Ville, que la pandémie aurait « exacerbée ».

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Rien de majeur, selon Belœil, qui va se procurer deux appareils pour filmer les interventions des inspecteurs lors de leurs visites à domicile. Et les agents avertiront les résidents de la présence des caméras; aucune cachette.

Ça m’a quand même chicoté. Surtout que ce n’est pas une pratique courante. La Ville de Vaudreuil, notamment, a testé le système avec un projet pilote instauré en 2018 et elle se dit satisfaite. Et ce n’est pas la première caméra à Belœil. Selon les données fournies à notre journal en 2020, la Ville détenait déjà une quarantaine de caméras de surveillance stationnaire un peu partout sur le territoire.

Donc, deux caméras de plus, rien là? Je ne sais pas. C’est un petit pas de plus dans l’intrusion de notre vie privée. Ces caméras, elles peuvent débarquer chez nous, pour une simple inspection pour une demande de permis. Encore, ce n’est rien de grave. Je m’énerve pour rien. Probablement.

En fait, ce qui me chicote, ce n’est pas tant ces deux caméras. C’est l’addition. J’ai eu le même malaise avec le nouveau bracelet anti-rapprochement muni d’un dispositif de géolocalisation instauré par le gouvernement du Québec. Dans des cas de violence conjugale, on peut remettre à une victime un récepteur qui lui permet de détecter son agresseur s’il entre dans un certain périmètre. Attention, je ne suis pas contre le principe. Ni contre la protection des victimes. Si l’outil existe, aussi bien en profiter. Et un contrevenant, par ses gestes, à lui-même causé sa perte de liberté. Je suis en faveur, mais ça me chicote quand même.

Car c’est un autre outil de surveillance. Sans tomber dans le conspirationnisme, on peut sentir que ces intrusions à la vie privée deviennent de plus en plus… populaires. Sans compter toutes les intrusions volontaires qui n’ont rien à voir avec les gouvernements ou le judiciaire, comme les nouvelles formes de publicités et les réseaux sociaux. Impossible de faire une recherche web ou de consommer en ligne sans être « surveillé ».

Chaque petit pas nous pousse vers une forme de contrôle, où tous nos gestes sont épiés et même nos habitudes sur le web dictent notre statut social. Si je commande du cannabis en ligne, par exemple, est-ce que ça pourrait nuire à mon futur « crédit social »? Je trouve que la ligne est de plus en plus mince.
C’est pour ça que j’ai toujours détesté des dispositifs de compagnie d’assurance qui permette d’obtenir des rabais en échange de nos données de conduites. Alors les caméras pour les inspecteurs, je trouve que ça beurre épais.

Mais c’est contre la violence. Qui peut être contre la vertu?

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