16 novembre 2022
Sixième album du caricaturiste Jean-Marc Phaneuf
Un regard plus incisif que jamais sur l’actualité et la liberté d’expression
Par: Olivier Dénommée
Jean-Marc Phaneuf, caricaturiste et auteur résidant à Mont-Saint-Hilaire, vient de faire paraître son dernier album, Liberté de presse.Photo Robert Gosselin | L'Œil Régional ©

Jean-Marc Phaneuf, caricaturiste et auteur résidant à Mont-Saint-Hilaire, vient de faire paraître son dernier album, Liberté de presse.Photo Robert Gosselin | L'Œil Régional ©

Caricaturiste actif depuis une quarantaine d’années déjà, l’Hilairemontais Jean-Marc Phaneuf est derrière quelque 7000 dessins publiés à travers une trentaine de médias, dont L’Œil Régional où il a fait ses premières armes comme caricaturiste-éditorialiste au début des années 70. Celui qui vient de publier son sixième album, Liberté de presse, revient sur sa carrière et sur l’évolution de la société dont il n’a jamais cessé de se montrer critique à travers ses dessins.

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Rencontré chez lui, Jean-Marc Phaneuf ne cache pas la fierté qu’il a de publier Liberté de presse aux éditions Crescendo!, son livre le plus beau et le plus incisif à son avis. « Je sens qu’il ose un peu plus que les autres. La plupart des dessins ont été faits dans les deux dernières années et ont été publiés sur les réseaux sociaux. Ajoutons quelques dessins liés au thème de la liberté de presse qui ont fait les manchettes par le passé », explique le caricaturiste.

L’artiste a fait sa marque de commerce avec des dessins souvent controversés, une tendance qui ne s’est jamais adoucie avec le temps. L’album confirme qu’à 70 ans, Phaneuf sait autant grafigner qu’avant, abordant tous les sujets sensibles, allant de la laïcité à la pandémie de COVID-19 en passant par le « wokisme », l’inflation et tous les travers des différents politiciens. Ses images, quoiqu’indépendantes les unes des autres, sont regroupées par thématiques et accompagnées de commentaires de l’auteur. « Je suis nationaliste et je ne m’en suis jamais caché. Au Québec, on est fiers de notre identité, de notre langue, de notre culture », soutient celui qui écorche pourtant autant le Canada anglais (avec parfois des références au Ku Klux Klan qui ont soulevé les passions dans le « Rest of Canada ») que les politiciens québécois dits nationalistes ou souverainistes. Il revient aussi volontiers sur ses œuvres qui ont fait réagir le plus au fil de sa carrière, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, se moquant sur un ton irrévérencieux de ceux qui ont tenté de le censurer et de le faire taire et racontant les péripéties en lien avec la liberté d’expression qu’il a vécues au fil de sa carrière.

« Je dessine encore chaque jour, par plaisir, confirme le caricaturiste. Ce qui est intéressant de publier sur Facebook ou sur mon site, c’est que ça me donne une relation directe avec mes lecteurs, qui vont entamer des discussions et faire avancer le débat. » Débat auquel il prend aussi part lorsqu’il est interpellé. « C’est en parlant des travers de la société qu’on peut la faire avancer », soutient celui qui assure ne jamais faire des dessins choquants juste pour choquer. La majorité des 173 caricatures se trouvant dans Liberté de presse sont imprimées pour la première fois. « Le grand thème du livre, c’est la liberté d’expression, mais à travers ça, j’aime bien raconter des histoires. Ce livre, c’est un petit voyage dans notre démocratie. » Il note aussi que certains dessins vieux de 40 ans seraient toujours d’actualité en 2022, signe que l’histoire tend à se répéter.

Aucun regret

Jean-Marc Phaneuf a des opinions souvent très assumées sur différents sujets. Il se montre notamment critique face à la réalité à laquelle font face les caricaturistes pigistes, qui finissent trop souvent par s’autocensurer pour avoir la chance de travailler, et ne cache pas le souvenir amer qu’il conserve de sa collaboration avec Le Devoir à l’époque où Lise Bissonnette était à sa tête.

« La caricature existe depuis des siècles. C’était la façon que le peuple avait pour dénoncer. […] La caricature peut faire mal, surtout quand on la prend au premier niveau. Mais il y a souvent deux ou trois niveaux qu’il faut comprendre », poursuit-il. « Jamais je ne vais m’excuser pour un dessin. Si je l’ai dessiné, c’est que je l’ai pensé et que je me suis exprimé. Ça nous arrive tous d’errer, mais pas au point de s’excuser pour avoir eu une idée. » Même s’il a perdu son travail à quelques reprises au nom de son principe, il ne l’a jamais laissé tomber.

« C’est très intéressant ce qui a été fait avec mon livre : le résultat est beau et il n’y a eu aucune censure de la part de mon éditeur quant aux dessins qui s’y trouvent! Il y a plusieurs caricatures croustillantes là-dedans, autant de sujets politiques que sociaux, et beaucoup feront réfléchir », estime Jean-Marc Phaneuf. L’album de 120 pages Liberté de presse est en vente en librairie depuis cette semaine.

Projet majeur en vue

Liberté de presse paraît 21 ans après le précédent album de Phaneuf, mais le prochain livre du caricaturiste ne devrait pas prendre autant de temps, laisse-t-il entendre. « J’ai un contrat déjà signé avec le même éditeur pour un gros projet, encore plus gros que celui-ci – on parle de 300 pages –, quelque chose qui n’a jamais été fait avant au Québec. » Il promet que ce projet d’envergure, aussi de caricatures, doit voir le jour « dans un avenir très rapproché », sans pouvoir donner de détails pour le moment.

Car même à 70 ans, le caricaturiste n’a pas l’intention d’arrêter de dessiner de sitôt. « Je vais continuer tant que la santé me le permet, tant que je peux continuer de pousser mon crayon et d’avoir un peu d’esprit critique », assure-t-il.

La région toujours inspirante

Jean-Marc Phaneuf a commencé sa longue carrière à L’Œil Régional alors qu’il était toujours aux études. Sa collaboration n’aura duré que deux années, mais le résident de Mont-Saint-Hilaire continue de se tenir au courant des enjeux locaux.

« Du matériel à caricature, il y en a toujours eu ici! C’est aberrant la façon avec laquelle on est menés, notamment à Mont-Saint-Hilaire », lance-t-il, énumérant des enjeux qui le préoccupent et qui auraient certainement fait l’objet de caricatures éditoriales décapantes de sa part s’il travaillait encore pour le journal.

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