16 octobre 2021
Rétention de personnel
Un syndicat accuse Québec d’oublier plusieurs secteurs du réseau de la santé
Par: Denis Bélanger

Les annonces récentes du gouvernement pour stimuler le recrutement dans le secteur infirmier déçoivent et enflamment l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). Selon le syndicat, plusieurs autres catégories d’emploi sont encore laissées pour compte.

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L’APTS représente 60 000 membres, dont 3400 en Montérégie où plusieurs postes sont toujours vacants. Le syndicat affirme que Québec n’a rien fait de concret encore pour diminuer la surcharge de travail dans les laboratoires, dans les salles d’imagerie médicale et de médecine nucléaire, dans les centres jeunesse, dans les services à domicile, en santé mentale et dans plusieurs autres secteurs.

« Ce n’est que lorsque le premier ministre Legault et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, comprendront que le réseau n’est pas uniquement constitué d’infirmières, de préposés aux bénéficiaires et de médecins que nous arriverons à changer véritablement le modèle de gestion et à améliorer l’attraction et la rétention du personnel. Pour diminuer la surcharge de travail qui pousse des centaines de salariés à quitter le réseau public et afin de réduire les listes d’attente qui empêchent la population d’avoir accès aux services dont elle a besoin, il faut avoir une vision globale », a lancé le représentant national de l’APTS, Joël Bélanger.

Le phénomène des listes d’attente cachées

M. Bélanger a tenu aussi à dénoncer le phénomène des listes d’attente cachées. « Lorsqu’on fait une demande de service, celle-ci est dirigée dans les différentes équipes et elle se retrouve sur une liste d’attente qui peut varier d’un programme à l’autre. Souvent, pendant cette attente, ces dossiers sont attribués à une intervenante qui s’occupe de la gestion de cette liste d’attente. Dans les faits, ils sont pris en charge administrativement, mais pas cliniquement. »

Le représentant syndical rapporte que dans plusieurs programmes, des intervenants invitent même les usagers à se diriger vers le privé, car l’attente peut être longue. Une directive qui viendrait des gestionnaires et des directeurs. « Ce qu’il est bien important de comprendre, c’est que ces listes d’attente n’apparaissent pas aux yeux du gouvernement, elles sont cachées par un stratagème élaboré par les directeurs et les gestionnaires pour atteindre les cibles exigées par le gouvernement. À titre d’exemple, il y a présentement près de 600 dossiers en liste d’attente cachée pour le programme Accès Jeunesse en CLSC », affirme M. Bélanger.

Ce dernier déclare que le gouvernement du Québec a exploité une politique de division qui ne « fait qu’alimenter un sentiment d’aliénation et augmenter la démobilisation du personnel dans le réseau public ».

« Le gouvernement Legault manque à nouveau de respect à des milliers de travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux. En les excluant sciemment des mesures d’attraction et de rétention dont ces personnes ont aussi besoin, il vient ni plus ni moins de leur indiquer la porte vers le privé. Au final, c’est la population qui paiera la note pour ce manque gouvernemental de vision et de cohérence. »

De son côté, la porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est, Marianne Paquette, répond toutefois qu’il n’y a aucune liste d’attente cachée. « Nous communiquons régulièrement l’état de nos listes d’attente aux diverses instances. […] Considérant les besoins grandissants de la clientèle, une démarche conjointe avec les représentants locaux de l’APTS est entamée pour solutionner certaines problématiques liées à un contexte de pénurie de main-d’œuvre de certains titres d’emploi qu’ils représentent. »

Convention collective

Rappelons que la convention collective des membres de l’APTS est échue depuis mars 2020 et que les négociations viennent de reprendre à la suite d’une rencontre le 30 septembre avec la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel. Cette dernière a fait preuve d’ouverture, selon le syndicat. « Tant du côté de Mme LeBel que de celui de l’APTS, il y a une volonté d’en arriver à une entente et nous allons reprendre rapidement les négociations avec les porte-parole du secrétariat du Conseil du trésor. Nous porterons le message de nos membres, qui nous demandent la mise en place de mesures pour diminuer la surcharge de travail et favoriser l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre. »

Le CISSS content des primes

Le CISSS de la Montérégie-Est s’est pour sa part réjoui de l’annonce du gouvernement provincial. Il profite de l’occasion pour inviter les personnes intéressées à postuler. Au moment de mettre sous presse, on retrouvait 30 postes à pourvoir dans la catégorie d’emploi des soins infirmiers sur le territoire Richelieu-Yamaska.

« Nous sommes heureux que notre personnel puisse bénéficier de ces nouvelles mesures. Cela représente aussi de beaux leviers nous permettant d’accueillir de plus en plus de nouvelles ressources et ainsi améliorer les conditions d’exercice », souligne la directrice des ressources humaines du CISSS de la Montérégie-Est, Vicky Lavoie.

Les primes varient entre 12 000 $ et 15 000 $ selon si l’employé travaillait déjà ou non pour le réseau public de la santé. Des primes de 200 $ peuvent s’ajouter pour chaque quart additionnel travaillé pendant les fins de semaine de congé. Le gouvernement prévoit aussi un montant forfaitaire de 2000 $ pour les personnes de jour qui choisiront de changer pour le quart de soir ou de nuit pendant quatre semaines consécutives.

Avec la collaboration de Sarah-Eve Charland.

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