16 mars 2022
Zïlon, du street art au Musée des beaux-arts
Par: Olivier Dénommée
L’exposition « Vandale de Lüxe$$ » de Zïlon est loin, très loin de suivre les conventions auxquelles on peut s’attendre dans un musée de beaux-arts! Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

L’exposition « Vandale de Lüxe$$ » de Zïlon est loin, très loin de suivre les conventions auxquelles on peut s’attendre dans un musée de beaux-arts! Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Dans sa série « Vandale de lüxe$ », créée en contexte pandémique, Zïlon a ajouté sa touche à des œuvres « intouchables », telles que « Le Cri » d'Edvard Munch. Photo Robert Gosselin | L'Œil Régional ©

Dans sa série « Vandale de lüxe$ », créée en contexte pandémique, Zïlon a ajouté sa touche à des œuvres « intouchables », telles que « Le Cri » d'Edvard Munch. Photo Robert Gosselin | L'Œil Régional ©

L’exposition Vandale de Lüxe$$ survole différentes époques et influences artistiques de Zïlon, incluant de très évidentes influences musicales. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

L’exposition « Vandale de Lüxe$$ » survole différentes époques et influences artistiques de Zïlon, incluant de très évidentes influences musicales. Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Celui qu’on connaît sous le nom de Zïlon laisse littéralement sa marque à Montréal depuis une cinquantaine d’années, sur les murs des ruelles comme ceux des clubs. Devenu une véritable icône du street art québécois, il est actuellement exposé au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire (MBAMSH), une première pour cet artiste qui se tient généralement très loin des conventions.

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L’exposition Vandale de Lüxe$$, présentée jusqu’au 12 juin, met de l’avant l’impressionnant corpus de Zïlon, né Raymond Pilon. À l’image de l’artiste, l’exposition brise de nombreuses normes. « C’est sa première présence dans un musée consacré aux beaux-arts. On a misé sur ses influences artistiques et certaines techniques et médiums; il y a de la variété! Il serait presque impossible de faire une véritable rétrospective parce que des œuvres ont été détruites ou n’existent plus, mais on est arrivés à une proposition la plus large possible », note la directrice générale intérimaire du MBAMSH, Geneviève Létourneau.

Les visages androgynes peints en quelques traits de peinture à l’aérosol, la marque de commerce de Zïlon, ont bien sûr leur place dans l’exposition, mais on trouve de nombreuses autres œuvres et séries, ramenant à différentes époques pour l’artiste de 65 ans. La plus récente série, « Vandale de lüxe$ » qui donne son nom à l’exposition, a été créée l’année dernière en collaboration avec la Galerie Beauchamp de Québec qui a invité le créateur à « zïlonner » des toiles célèbres, « intouchables ». « Zïlon a toujours eu une fascination pour Le Cri de Munch; on voit des liens avec cette œuvre dans son corpus », soutient Mme Létourneau.

La signature de Zïlon est aussi bien visible sur les murs du Musée, à la fois dans le vestiaire où il a créé une œuvre permanente au cours des dernières semaines et dans les titres des différentes sections de Vandale de Lüxe$$. Un autre accroc au protocole habituel qui donne un ton tout à fait particulier à l’exposition, confirme Mme Létourneau.

Retrouver ses amis
Rencontré au milieu de la salle d’exposition principale du MBAMSH, Zïlon avoue sa surprise qu’une institution de beaux-arts lui ouvre ainsi ses portes. Pour lui, Vandale de Lüxe$$ lui permet de retrouver plusieurs de « ses amis », les œuvres qui ont été son oxygène tout au long de sa vie tumultueuse. « Les œuvres de la série “Vandale de lüxe$” ont été créées pendant une semaine à Québec avec l’aide de Vincent Beauchamp (de la Galerie Beauchamp), qui a eu une idée zïlonesque et m’a laissé me lâcher lousse là-dedans. Ça m’a ramené aux années 1980, une époque que je vénérais, celle de mes grands plaisirs. […] Mes œuvres, ce sont mes compagnons de route et, sans elles, j’aurais trouvé 2020 bien
difficile et je pense que j’aurais fait une belle pizza en bas de mon building. Créer, c’est mon bunker contre la stupidité et la morosité de l’humanité. »

Zïlon rappelle que plusieurs de ses œuvres n’avaient pas vu la lumière depuis longtemps. « Avant, j’étais avec des agents qui m’ont brimé, qui ont mis les œuvres dans un locker, comme en prison… Maintenant, elles sont sorties avec splendeur et Geneviève [Létourneau] a choisi de beaux morceaux! » Même s’il considère qu’une fois terminées, ses œuvres ne lui appartiennent plus, le « maître-vandale » estime que Vandale de Lüxe$$ permettra à des gens de tous âges de découvrir Zïlon et ses différentes facettes. « J’ai quelques œuvres XXX qui ne peuvent pas être présentées ici! Je dirais que l’œuvre la plus heavy que je présente au musée est un manteau de cuir que j’ai acheté dans une friperie dans les années 2000. J’aimais son côté délabré, ça me donnait un look de rockeur! J’ai dessiné dessus, je trouvais que ça lui donnait de la gueule et c’est toujours un work in progress et je le porte toujours », commente Zïlon.

« Méduza », en arrière-plan, est la plus imposante œuvre mobile de Zïlon, créée en 2018 à Montréal. Sur la photo, on remarque aussi un banc couvert de graffitis, à la fois de Zïlon et de visiteurs de l’exposition, et une causeuse « zïlonnée », sur laquelle a d’ailleurs eu lieu l’entrevue avec l’artiste. « T’as mis ton cul sur une œuvre d’art », a-t-il tenu à rappeler en fin d’entretien! Photo Robert Gosselin | L’Œil Régional ©

Rencontrer le personnage
L’exposition Vandale de Lüxe$$ invite les visiteurs à laisser leur trace à la manière de Zïlon : des bancs deviennent de véritables œuvres collectives et des sketchbooks sont accessibles pour ceux qui veulent aussi griffonner quelque chose, inspirés par la démarche de Zïlon. À la fin de l’entrevue, des enfants attendaient l’artiste pour lui demander de signer leurs dessins. D’ici la fin de l’exposition, Zïlon sera présent au MBAMSH à deux autres occasions : lors du vernissage le 20 mars à 14 h, qui sera simultanément le lancement de la biographie La marque de Zïlon, écrite par Jean-Marc Beausoleil, et lors d’une séance de lecture et de signatures le 20 avril, aussi en présence de l’auteur.

Vandale de Lüxe$$, de Zïlon, est présentée au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire jusqu’au 12 juin.

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